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Alger vue par Camus

Publié le par fethiok

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Le 7 novembre, Albert Camus, un des plus grands écrivains français amoureux d’une certaine Algérie, aurait eu 100 ans. A cette occasion, El Watan Week-end est revenu sur les lieux de son œuvre. L’Alger de Camus est-elle la même que celle que nous connaissons ?

La baie, le soleil, les terrasses… si l’atmosphère a peu changé, ce sont surtout les mœurs ainsi que le mode de vie au quotidien qui ont nettement évolué entre l’Algérie de Camus et l’Algérie d’aujourd’hui. Mais il serait trop simpliste de se contenter d’une comparaison entre pré et postindépendance. D’après différents témoignages, les mutations de la société, la capitale avec elle, se sont surtout fait sentir dans les années 1970 à travers les pratiques quotidiennes telles que le cinéma, le port, la plage... Tour d’horizon de cette «Alger horizontale», de Bab El Oued à Belcourt, qu’Albert Camus décrivait et aimait tant.

Le port

«On se baigne dans le port et l’on va se reposer sur des bouées. Quand on passe près d’une bouée où se trouve déjà une jolie fille, on crie aux camarades : “Je te dis que c’est une mouette“.» Quand ils ne se baignent pas, les jeunes s’amusent dans des barques et donnent de «longs coups de pagaie autour des cargos rouges et noirs». Aujourd’hui, le port d’Alger n’a désormais qu’une activité commerciale. Finis les barques et le club d’aviron. «C’est un port de marchandises et de pêche. Il n’y a qu’un petit coin avec quelques barques», constate Tsouria Kassab, architecte spécialiste du patrimoine. Et, surtout, son accès est totalement interdit au public. «Ce que décrit Camus a existé jusque dans les années 1970. Ce n’est plus le cas et pas seulement à Alger. Les jeunes qui s’y baignaient étaient des enfants des faubourgs populaires, comme l’était Albert Camus à Belcourt, quartier de prolétaires à l’époque, précise Brahim Hadj Slimane, journaliste-écrivain. Cette question soulève celle de la fermeture des ports au public pour des raisons sécuritaires. Alors les ports, tel celui d’Alger, ont perdu leur convivialité.» D’après l’écrivain, cette image idyllique n’est plus qu’une «réminiscence de l’époque camusienne».

Même constat pour Lesbet Djaffar, architecte et sociologue qui réside maintenant à Paris. «Quand je retourne à Alger, je me sens étranger. Je suis un Algérois de pure souche et pourtant, comme les pieds-noirs, je n’ai plus le même rapport à la ville. Son urbanisme s’est métamorphosé. Les cinémas, les musées, les clubs de danse, les activités nautiques… tout ferme petit à petit», déplore-t-il. Afin d’humaniser la baie, il était question de déplacer le port qui «coupe la ville de sa mer», selon Tsouria Kassab. Mais le projet est «tombé à l’eau avec Bouteflika».

La plage et les bains Padovani

Jouxtant le port, la plage de Bab El Oued a elle aussi radicalement changé. Camus écrivait : «A la plage Padovani, le dancing est ouvert tous les jours. Et dans cette immense boîte rectangulaire ouverte sur la mer dans toute sa longueur, la jeunesse pauvre du quartier danse jusqu’au soir.» Plus de 70 ans plus tard, la plage Padovani, devenue El Kettani, s’est assagie. Les danseurs endiablés ont laissé place aux familles. Une époque que regrette Lesbet Djaffar. «On pouvait danser, manger. Les étudiants s’en donnaient à cœur joie ! Même quelques années après l’indépendance, une Allemande me racontait que ses plus beaux souvenirs de dancing étaient à Alger, de 1963 à 1970», affirme le sociologue. On y dansait mais on se baignait aussi. «Là, j’ai plongé dans la passe», expliquait Camus en parlant de «l’établissement de bains du port», actuelle piscine du Rua.

«Ce sont surtout les étudiants qui piquaient une tête dans la jetée. On nageait dans le port d’Alger, en face de la piscine qui existe toujours», se remémore-t-il. Sur l’actuelle plage, quelques barques sont échouées sur le banc de sable, mais personne ne les utilise. Les rares baigneurs s’équipent tout au plus de masques et de tubas, pendant que les femmes discutent entre elles au bord de l’eau, sur les pierres. «Les pieds-noirs allaient danser aux bains Padovani, une sorte de guinguette sur la plage. C’est un lieu tout à fait français. Les jambes des filles au soleil, les garçons qui se tapent un bain, ce ne sont pas les Algériens», affirme Christiane Achour, professeur de littérature francophone à l’université de Cergy-Pontoise (Val d’Oise) et spécialiste de Camus. Aussi, sa vision d’Alger est celle d’un Français d’Algérie. Si ces installations ont perduré quelques années après l’indépendance, elles demeuraient en complet décalage avec les Algériens. «Alger ne vit pas du tout le rythme d’une ville méditerranéenne», ajoute-t-elle.

La «place du Gouvernement»

«Il y a le silence de midi sur la place du Gouvernement. A l’ombre des arbres qui la bordent, des Arabes vendent pour cinq sous des verres de citronnade glacée parfumée à la fleur d’oranger. Leur appel “fraîche, fraîche“ traverse la place déserte.» Moins exotique et charmante que dans la vision de l’auteur, la place du Gouvernement, désormais place des Martyrs, est complètement en travaux pour prolonger le métro. Le «silence» de midi et la place «déserte» ne sont plus vraiment d’actualité : l’endroit s’est fortement urbanisé. Située en bas de La Casbah, cette place a toujours connu une forte fréquentation, contrairement à ce qu’écrit Albert Camus. Des stands d’objets et de produits artisanaux ainsi que de nombreux kiosques y étaient installés. «Elle était très animée les soirs de Ramadhan, car les marchands de gâteaux y restaient toute la nuit, se souvient Christiane Achour. Cela se fait encore maintenant. Mais aujourd’hui, c’est le point de départ des bus vers l’extérieur de la ville, c’est presque une gare routière. La place s’est modernisée.»

Belcourt et les cinémas

Albert Camus a vécu rue de Lyon, à Belcourt, plus connue aujourd’hui sous le nom de rue Mohamed Belouizdad. Au 124 se trouve l’appartement où le romancier aurait passé toute son enfance. «Je ne sais pas s’il a bien vécu là, mais sûrement. Beaucoup de Français viennent ici pour prendre des photos», indique un jeune homme au pied de l’immeuble. Belcourt est resté un quartier populaire. A la différence que ses cinémas, évoqués à plusieurs reprises dans les œuvres, ont pratiquement tous disparu. «Les cinémas de quartier ont déversé dans la rue un flot de spectateurs», observe l’écrivain dans L’Envers et l’endroit. En effet, sa rue n’en comptait pas moins de cinq. «Je me souviens d’un cinéma qui faisait l’angle juste à côté de chez lui, témoigne Lesbet Djaffar. A l’époque, très peu d’Algériens allaient au cinéma, car la majorité des films étaient français. Ils préféraient les films américains, avec plus d’action.»

En tout, une soixantaine de salles obscures fleurissaient dans la capitale. Depuis une vingtaine d’années, «les cinémas ont disparu, leur pratique aussi», note Tsouria Kassab. Ainsi, on ne trouve plus qu’une petite dizaine de salles obscures, dont l’Algeria et la Cinémathèque. «Quelques cinémas ont été réhabilités, mais ce n’est pas suffisant. La politique culturelle n’est pas favorable à leur développement», ajoute l’architecte.

Le tramway

Le tramway est l’un des éléments de décor les plus prégnants dans l’œuvre de Camus lorsqu’il évoque la capitale. «Parfois passait un tramway, vaste et rapide», remarque-t-il dans la nouvelle Entre oui et non, publiée en 1937. La ville possédait en effet un large réseau de tramway, doté de trois grandes lignes. Celle qui lui était familière s’étendait de Bab El Oued à El Harrach en passant par Bab Azzoun et Belouizdad. «Le tram couvrait pratiquement toute la ville», se rappelle Lesbet Djaffar. Avant l’indépendance, en décembre 1959, les tramways sont définitivement abandonnés. «On les a remplacés par des bus à perche, accrochés à des fils électriques. Il y a eu une vague de folie en Europe où l’on pensait que les tramways gênaient la voiture. Puis on a changé de mentalité», ajoute-t-il.

Pour l’architecte, le tramway faisait partie intégrante de «l’atmosphère folklorique» de la ville. «Lorsque le tramway a disparu, j’allais à Belcourt en bus. Mais c’était plus ennuyeux avec le receveur. En tram, on pouvait s’accrocher à l’arrière pour ne pas payer», s’amuse-t-il. En 2011, le tram fait son retour, mais n’occupe pas Alger de la même manière. L’auteur explique dans L’Etranger que sa «chambre donne sur la rue principale du faubourg», ponctuée de «ficus qui bordent la rue». Il y voit aussi des jeunes qui «se dépêchaient vers le tram».

Du dernier étage, les ficus sont toujours plantés là, bien visibles. Mais nulle trace du tramway dans la rue Mohamed Belouizdad, l’ancienne rue de Lyon. Et pour cause, son centre de gravité s’est déplacé. «A l’époque, il allait dans l’autre sens, vers Bab El Oued et Saint-Eugène, explique Tsouria Kassab. Maintenant, il se développe plutôt sur les extensions postindépendance, vers l’est.» Actuellement, le réseau dessert 28 stations et circule de 5h à minuit. Comme à la fin des années 1930, lorsque l’essayiste mentionne «le tramway de minuit» dans L’Envers et l’endroit.

Le cimetière chrétien du boulevard Bru

Le cimetière chrétien du boulevard Bru est tel que le décrivait Camus à la fin des années 1930. Dans sa nouvelle L’Eté à Alger, publiée dans Noces en 1939, il aborde la «tristesse affreuse de ces lieux» : «Je ne connais pas d’endroit plus hideux que le cimetière du boulevard Bru, en face d’un des plus beaux paysages du monde.» En effet, on y trouve encore d’innombrables rangées de tombes grises et sales, la plupart abandonnée. Aucun ornement floral sur 7 hectares. De fausses gerbes de fleurs en porcelaine, seule touche de couleur dans cet océan gris, ne font pas illusion bien longtemps. «Le contraste entre la beauté de la vue et la tristesse du cimetière l’a inspiré», suppose Christiane Achour.

«Sur la droite se trouve la villa Sesini où les membres du FLN ont été torturés. Quand on dit boulevard Bru, on pense d’abord à cette villa mauresque. Chacun construit la topographie d’une ville en fonction de l’histoire qui lui est attachée et qu’il a intériorisée. Il faut penser aux dates où il a écrit L’Eté à Alger et ses autres œuvres. C’est simplement l’Alger coloniale qu’il décrit. Entre la fin des années 1930 et 1962, la ville changeait déjà beaucoup, souligne-t-elle. Les rues sont là, communes à tous. Mais ce qu’on y vit est différent, la signification d’un endroit n’est pas la même», résume Christiane Achour.

Les Algériens ne se reconnaissent sans doute plus dans cette Alger vue par Camus. Peut-être même qu’en son temps déjà, ils ne la percevaient pas de la même façon. Mais certaines de ses sensations sont, indéniablement, communes à tous : «Alger, et avec elle certains lieux privilégiés comme les villes tournées vers la mer, s’ouvre dans le ciel comme une bouche ou une blessure. Ce qu’on peut aimer à Alger, c’est ce dont tout le monde vit : la mer au tournant de chaque rue, un certain poids de soleil…»

In El Watan

 http://entre-alpes-et-aures.eklablog.com/

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Camus, fils d'Alger

Publié le par fethiok

« La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie. » Albert CAMUS

 

 

Je voulais partager avec vous la lecture de ce très beau livre consacré à Albert Camus.

"Pour la première fois, une biographie s'attache à éclairer le génie d'Albert Camus par le génie de sa terre natale, l'Algérie, et celui de sa ville tant aimée, Alger, sans lesquelles, disait-il, il ne pouvait pas vivre... L'Algérie est l'espace tout entier de son imaginaire et de son engagement. Avec le temps, le conflit et l'exil, elle est même devenue une sorte d'Eden illuminant cette part intime qu'il appelait " obscure " et dont il regrettait, un an avant sa mort, qu'elle ne fût pas davantage perçue. Il fallait un autre fils d'Alger pour comprendre cette dimension sensible de l'écrivain. Alain Vircondelet a grandi dans un quartier populaire, il a fréquenté les mêmes écoles, les mêmes plages, les mêmes lieux qu'Albert Camus. Grâce à son ample connaissance de l'oeuvre, il raconte la douleur de l'exil et la nostalgie d'un pays devenu mythique, lieu de refuge et de consolation..."

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Lectures croisées à la bibliothèque de Teisseire (Grenoble)

Publié le par fethiok

 

 



Alors que l'on célèbre cette année le cinquantenaire de la fin de la guerre d'Algérie, la Bibliothèque Teisseire-Malherbe et l'association Coup de Soleil Rhône-Alpes ont proposé, hier, une relecture originale de l'histoire franco-algérienne de 1962 à 2012, abordée par trois femmes aux parcours différents mais réunies dans une humanité commune et le
désir d'apaiser l'avenir.

Cette soirée a entendu les témoignages de réconciliation de trois filles de protagonistes de la guerre d'Algérie : une fille de moudjahid, une descendante de français d'Algérie et une fille de harki. Maïssa Bey a écrit de nombreux romans dont Bleu blanc vert et Sous le jasmin la nuit. Anne Châtel-Demenge vient de publier Comment j'ai tué le consul. Fatima Besnaci Lancou est l'auteur de Fille de harki.

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Maïssa BEY

Amities 2533 
Amities 2511
Anne CHÂTEL - DEMENGE 
Amities 2537
Amities 2510 
Fatima BESNACI-LANCOU 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Rose de Blida, Kateb YACINE

Publié le par fethiok

Mère kateb Yacine

Yasmina, la maman de Kateb Yacine...

« Je suis né d'une mère folle très géniale. Elle était généreuse, simple, et des perles coulaient de ses lèvres. Je les ai recueillies sans savoir leur valeur. Après le massacre du 8 mai 1945, je l'ai vue devenir folle. Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n'étaient que brûlures. J'ai vécu ça, et je me suis lancé tout droit dans la folie d'un amour, impossible pour une cousine déjà mariée.»

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Kateb YACINE, son épouse, sa mère et son fils Amazigh, leader du groupe grenoblois Gnawa Diffusion .


En souvenir de celle qui me donna le jour
La rose noire de l’hôpital

Où Frantz Fanon reçut son étoile
En plein front
Pour lui et pour ma mère
La rose noire de l’hôpital
La rose qui descendit de son rosier
Et prit la fuite

A nos yeux s’enlaidissant par principe
Roulée dans le refus de ses couleurs
Elle était le mouchoir piquant de l’ancêtre
Nous accueillait tombés de haut
Comme des poux en manœuvre
Plus son parfum de plèbe en fleur nous fit violence
Par son mélange dépaysés
Plus elle nous menaça
Du fond de sa transhumance meurtrie
Cueillie ou respirée
Elle vidait sur nous
Son cœur de rose noire inhabitée
Et nous étions cloués à son orgueil candide
Tandis qu’elle s’envolait pétale par pétale
Neige flétrie ou volcanique
Cendre modeste accumulant l’outrage
Exposée de soi-même à toutes les rechutes
Dilapidée aux quatre vents

Venait-elle dans cette chambre ?
Elle venait.
Amante disputée
Musicienne consolatrice
Coiffée au terme de son sillage
Du casque intimidant de la déesse guerrière
Elle fut la femme voilée de la terrasse
L’inconnue de la clinique
La libertine ramenée du Nadhor
La fausse barmaid au milieu des pieds-Noirs
L’introuvable amnésique de l’île des Lotophages
Et la mauresque mise aux enchères
A coups de feu
En un rapide et turbulent
Et diabolique palabre algéro-corse
Et la fleur de poussière dans l’ombre du fandouk
Enfin la femme sauvage sacrifiant son fils unique
Et le regardant jouer du couteau
Sauvage ?
Oui
Sa noirceur native avait réapparu
Visage dur lisse et coupant
Nous n’étions plus assez virils pour elle
Sombre muette poussiéreuse
La lèvre blême et la paupière enflée
L’œil à peine entrouvert et le regard perdu
Sous l’épaisse flamme fauve rejetée sur son dos
Le pantalon trop large et roulé aux chevilles
Et le colt sous le sein
Avec la paperasse et la galette brûlée

Rarement, avec un soupir, elle retrouvait le collier d’ambre qu’elle mordait plutôt ou triturait, pensive, et brandissant le luth fêlé de son ultime admirateur, Visage de Prison, qui prononçait son nom de cellule en cellule, sans parler de Mourad et sans parler du bagne, sans parler de l’aveugle, un nommé Mustapha, que poursuivait son ombre en une autre prison, lui qui avait pourtant franchi les portes, mais il ne savait pas qu’il était libéré.

Nous n’étions plus alors que sa portée
Remise en place à coups de dents
Avec une hargne distraite et quasi maternelle
Elle savait bien
Elle
A chaque apparition du croissant
Ce que c’est de porter en secret une blessure
Elle savait bien
Elle
En ses seins pleins de remous
Ce qu’était notre fringale

Pouvait-elle
Sillon déjà tracé
Ne pas pleurer à fleur de peau
La saison des semailles ?
Même à sa déchirure de rocaille
Pouvait-elle ignorer comment se perdent les torrents
Chassés des sources de l’enfance
Prisonniers de leur surabondante origine
Sans amours ni travaux ?

Fontaine de sang, de lait, de larmes, elle savait d’instinct, elle, comment ils retomberaient, venus à la brutale conscience, sans parachute, éclatés comme des bombes, brûlés l’un contre l’autre, refroidis dans la cendre du bûcher natal, sans flamme ni chaleur, expatriés.
 

Kateb YACINE est un écrivain algérien né à Condé Smendou, aujourd'hui Zighoud Youcef ( Constantine) le 2 août 1929, mort à Grenoble le 28 octobre 1989.

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Sacha GUITRY dans le texte

Publié le par fethiok

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   "Je ne garde jamais rancune ; c'est alourdir le souvenir, je n'aime pas que les miens pèsent beaucoup."

"Il y a des histoires qui sont trop jolies pour être racontées."

"Les hommes infidèles ont un regard qui ne trompe pas les femmes."

"Vous savez que c'est la première fois que je trompe mon mari !
— Mais moi aussi, c'est la première fois que je le trompe, votre mari."

"Chaque acte de la vie est comme un petit drame, et le tout à la fin n'est qu'une comédie !"

"On ne reprend pas une femme, elle revient d'elle-même, si elle doit revenir !"

"Si vous croyez que ce n'est pas parler de soi que de donner son opinion sur autrui !"

"Ce qui ennuie les imbéciles, ce n'est pas qu'on soit vaniteux, c'est qu'on ait des motifs de l'être."

"Il y a une catégorie d'hommes qui ne font la cour qu'aux femmes fidèles...
Et qui seraient bien embarrassés si les femmes leur disaient : Allons-y !"

"Pour assurer mon avenir et ma vieillesse, j'ai laissé toujours passer le présent !"

"Quand ils prennent la parole, les idiots disent le contraire de ce qu'ils allaient dire."

"La recherche de la vérité peut nous mettre en face d'une situation... très délicate."

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Mémoires d'enracinés.

Publié le par fethiok

Enracinés
Après vous avoir parlé le 16/2/2012 du livre “ni valise ni cercueil”, les pieds-noirs restés en Algérie après l'indépendance de Pierre Daum" . C'est un nouveau livre que je vous invite à découvrir : "Mémoires d'enracinés. Mes rencontres avec ces pieds-noirs qui ont choisi de rester en Algérie" d'Assiya HAMZA

Résumé: "Je suis française d'origine algérienne, et ma double identité, c'est ma richesse. Mais que ferais-je à l'heure du choix, si choix il devait y avoir ? Emettre une préférence reviendrait à renier mon histoire. Et aussi celle de la France. Qu'on le veuille ou non, la France et l'Algérie ont une histoire commune. Une histoire tumultueuse qui a duré un peu plus d'un siècle. Cette introspection m'a menée sur les traces des pieds-noirs qui ont choisi de rester en Algérie au lendemain de l'Indépendance. Un million d'hommes et de femmes se sont arrachés à cette terre l'été 62, très peu ont refusé de partir. J'ai voulu savoir pourquoi ils avaient, eux, renoncé à l'exil et résisté à l'exode. Qu'aurais-je fait à leur place ?".

Cécile, Momo, Eliette, Marie-France, Paul, Céleste et les autres lui ont ouvert leur maison et leur mémoire. Dix personnes qui lui ont tendu un miroir, la renvoyant à sa propre histoire, à sa différence, à ses racines, à son intégration à la française.

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Le Petit Prince: Chapitre 2

Publié le par fethiok

J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur. Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait:

- S'il vous plaît... dessine-moi un mouton !

- Hein!

- Dessine-moi un mouton...

J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien frotté mes yeux. J'ai bien regardé. Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j'ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n'est pas ma faute. J'avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l'âge de six ans, et je n'avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts.

Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d'étonnement. N'oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n'avait en rien l'apparence d'un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis enfin à parler, je lui dis:

- Mais... qu'est-ce que tu fais là ?

Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse:

- S'il vous plaît... dessine-moi un mouton...

Quand le mystère est trop impressionnant, on n'ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j'avais surtout étudié la géographie, l'histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit:

- Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.  

Comme je n'avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, l'un des deux seuls dessins dont j'étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre:

- Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa. Un boa c'est très dangereux, et un éléphant c'est très encombrant. Chez moi c'est tout petit. J'ai besoin d'un mouton. Dessine-moi un mouton.

Alors j'ai dessiné.

Il regarda attentivement, puis:

- Non! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.

Je dessinai:

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence:

- Tu vois bien... ce n'est pas un mouton, c'est un bélier. Il a des cornes...

Je refis donc encore mon dessin:

Mais il fut refusé, comme les précédents:

- Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.

Alors, faute de patience, comme j'avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai:

- Ça c'est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s'illuminer le visage de mon jeune juge:

- C'est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu'il faille beaucoup d'herbe à ce mouton ?

- Pourquoi ?

- Parce que chez moi c'est tout petit...

- Ça suffira sûrement. Je t'ai donné un tout petit mouton.

Il pencha la tête vers le dessin:

- Pas si petit que ça... Tiens ! Il s'est endormi...

Et c'est ainsi que je fis la connaissance du petit prince. ( à suivre)

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Le Petit Prince: Chapitre 1

Publié le par fethiok

Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait "Histoires Vécues". Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voilà la copie du dessin.

On disait dans le livre: "Les serpents boas avalent leur proie tout entière, sans la mâcher. Ensuite ils ne peuvent plus bouger et ils dorment pendant les six mois de leur digestion".

J'ai alors beaucoup réfléchi sur les aventures de la jungle et, à mon tour, j'ai réussi, avec un crayon de couleur, à tracer mon premier dessin. Mon dessin numéro 1. Il était comme ça:

J'ai montré mon chef d'œuvre aux grandes personnes et je leur ai demandé si mon dessin leur faisait peur.

Elles m'ont répondu: "Pourquoi un chapeau ferait-il peur?"

Mon dessin ne représentait pas un chapeau. Il représentait un serpent boa qui digérait un éléphant. J'ai alors dessiné l'intérieur du serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles ont toujours besoin d'explications. Mon dessin numéro 2 était comme ça:

Les grandes personnes m'ont conseillé de laisser de côté les dessins de serpents boas ouverts ou fermés, et de m'intéresser plutôt à la géographie, à l'histoire, au calcul et à la grammaire. C'est ainsi que j'ai abandonné, à l'âge de six ans, une magnifique carrière de peintre. J'avais été découragé par l'insuccès de mon dessin numéro 1 et de mon dessin numéro 2. Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c'est fatigant, pour les enfants, de toujours leur donner des explications.

J'ai donc dû choisir un autre métier et j'ai appris à piloter des avions. J'ai volé un peu partout dans le monde. Et la géographie, c'est exact, m'a beaucoup servi. Je savais reconnaître, du premier coup d'œil, la Chine de l'Arizona. C'est très utile, si l'on est égaré pendant la nuit.

J'ai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de gens sérieux. J'ai beaucoup vécu chez les grandes personnes. Je les ai vues de très près. Ça n'a pas trop amélioré mon opinion.

Quand j'en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais l'expérience sur elle de mon dessin n° 1 que j'ai toujours conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive. Mais toujours elle me répondait: "C'est un chapeau." Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d'étoiles. Je me mettais à sa portée. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et la grande personne était bien contente de connaître un homme aussi raisonnable. ( à suivre)

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Mohammed DIB

Publié le par fethiok

 

"Si ton chant n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi." Mohammed DIB

 


Dib
Mohammed Dib (Tlemcen, 21 juillet 1920 - La Celle Saint-Cloud, 2 mai 2003) est un écrivain algérien de langue française, auteur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, de contes pour enfants, et de poésie.

André Malraux avait salué en 1952 son roman La Grande Maison, premier volet d'une trilogie consacrée à sa ville natale, Tlemcen. Et, à la même époque, Maurice Nadeau affirmait : "De tous les écrivains africains, il est celui qui risque de nous toucher le plus. «Dix ans plus tard, Aragon, qui avait écrit un article sur son roman dans Les Lettres françaises, préface un de ses recueils de poèmes. Mohammed Dib est l'un de ces écrivains qui ont su, à partir de leur identité nationale, s'élever vers une certaine idée de l'universalité. Pour lui, cette idée, c'est en français qu'elle devait s'exprimer, s'échanger.

Né le 21 juillet 1920 dans l'ouest algérien, orphelin de père, Mohammed fait la connaissance d'un instituteur français, militant communiste, Roger Bellissand, qui l'initie à la culture française. Il obtient ses deux certificats d'études, l'algérien et l'eurropéen, et devient lui-même instituteur en 1938. Il sera aussi comptable, traducteur et journaliste à Alger républicain. Durant la guerre, mobilisé, il s'inscrit à l'université d'Alger pour étudier les lettres. "Je me suis découvert et fait avec cette langue, expliqua-t-il, il y a deux ans, à un journaliste de La Vie. Non pas de manière inconsciente et indirecte, comme ce qui se fait tout seul. C'est une marche, une longue marche. Quand on entre dans une autre langue, les pesanteurs, les habitudes de pensée qu'elle véhicule vous semblent totalement neuves. Ce que les autres entendent comme des lieux communs sont pour vous des paroles de vérité, qui vous révèlent à vous-même. (...) La traversée d'une langue est une recherche de soi. Je suis toujours en marche vers cet horizon. Chaque livre est un pas de plus."


"UN FOND MYTHIQUE"

Il précisait : "Mes images mentales sont élaborées à travers l'arabe parlé, qui est ma langue maternelle. Mais cet héritage appartient à un fond mythique commun. Le français peut être considéré comme une langue extérieure - bien que c'est en français que j'ai appris à lire -, mais j'ai créé ma langue d'écrivain à l'intérieur de la langue apprise... Je garde ainsi la distance ironique qui facilite l'investigation sans passion. " ("Le Monde des livres" du 21 février 2003.)

En 1951, il épouse une Française et adhère, pour peu de temps, au PCF. La Grande Maison paraît l'année suivante au Seuil et obtient le prix Fénéon. Œuvre forte, habitée par une compassion jamais apitoyée, ce premier roman décrit admirablement l'atmosphère de l'Algérie rurale de la fin des années 1930, avec ses révoltes et ses espoirs. L'Incendie (1954) et Le Métier à Tisser (1957) complèteront cette trilogie romanesque.

1959 marque la grande rupture et l'exil sans retour : il est expulsé d'Algérie par les autorités coloniales en raison de ses activités militantes. Cependant, il ne fera jamais de l'exil une religion doloriste. Ces années difficiles l'ont convaincu de sa vocation. Il écrit beaucoup, des romans, des nouvelles, du théâtre, des contes pour enfants, et surtout des poèmes. A la haute tradition de la poésie arabe, il ajoute une évidence, un dépouillement, une volonté de nommer les choses et les êtres dans la plus grande transparence. De nombreux recueils manifesteront cette part secrète d'un engagement constant qui avait pour lui une forme d'abord intérieure.

A la différence de nombres d'auteurs algériens de sa génération, tel Kateb Yacine, Mohammed Dib n'élève pas la voix. Sa révolte n'en est pas moins profonde, sa sensibilité à l'humiliation et à la misère humaine demeurent constantes. "La honte, comment s'accommoder de la honte ?", écrit-il un jour.

Mohammed Dib n'était pas un sédentaire. Il a voyagé beaucoup, et même enseigné à Los Angeles, en 1976 - expérience dont il tirera son roman L.A. Trip. Au cours de ces mêmes années, il se rend plusieurs fois en Finlande. Les Terrasses d'Orsol, Le Sommeil d'Eve (qui étudie les relations entre la fiction et la folie), ou Les Neiges de marbre formeront, à partir de 1985, une trilogie nordique. S'il en était besoin, ce nouvel horizon prouverait combien Dib n'accepta aucun rétrécissement de son monde. Et combien son exil était aussi le signe de son universalité. Dans son dernier livre publié, Simorgh, il revient, sous la forme d'un puzzle littéraire, sur ses souvenirs d'enfance.

Salué par plusieurs récompenses, comme le Grand Prix de la francophonie en 1994, l'œuvre de Mohammed Dib avait été un peu oubliée ou négligée ces dernières années. Sa mort devrait la faire redécouvrir.
 


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"Cet homme parle avec les mots de Villon et de Péguy"
(Aragon)
 

  • 21 juillet 1920 : naissance à Tlemcen. 
  • 1931 : obtient deux certificats d'études, "l'indigène" et l'"européen". 
  • 1938-1940 : instituteur de village. 
  • 1940-1944 : cours à l'université d'Alger.
  • 1951 : journaliste à Alger républicain et à Liberté,organe du Parti communiste.
  • 1952 : publication de La Grande Maison (Le Seuil), premier tome d'une trilogie algérienne. Suivront L'Incendie (1954) et Le Métier à tisser (1957).
  • 1959 : expulsé d'Algérie par la police coloniale. André Malraux, Albert Camus, Jean Cayrol et Louis Guilloux interviennent pour qu'il puisse s'installer en France.
  • 1959 : Baba Fekrane (contes pour enfants).
  • 1961 : L'Ombre gardienne (Sindbad, et réédité en 2003 par La Différence). Dans la préface, Louis Aragon écrit : "Cet homme d'un pays qui n'a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy."
  • 1962 : Qui se souvient de la mer.
  • 1967 : s'installe à La Celle-Saint-Cloud.
  • 1968 : La Danse du roi (Le Seuil)
  • 1970 : Dieu en barbarie et Formulaires(recueil de poèmes) (Le Seuil).
  • 1973 : Le Maître de chasse.
  • 1974 : Le Chat qui boude. (contes pour enfants).
  • 1976-1977 : "Regent's Professor" à l'université de Californie - Los Angeles (UCLA).
  • 1977 : Habel.
  • 1979 : Feu beau feu (recueil de poèmes).
  • 1983-1986 : enseigne à La Sorbonne.
  • 1984 : Au café (Sindbad)
  • 1985 : début de sa trilogie finlandaise : Les Terrasses d'Orsol (Sindbad, 1985 et La Différence, 2003), Le Sommeil d'Eve (Sindbad, 1989 et La Différence, 2003), Les Neiges de marbre (Sindbad, 1990).
  • 1994 ; Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française, attribué pour la première fois à un écrivain maghrébin.
  • 1998 : parution de L'Arbre à dires. Prix Mallarmé pour son recueil de poèmes L’enfant-jazz.
  • 2001 : Comme un bruit d'abeilles (Albin Michel)
  • 2003 : L.A. Trip (La Différence).
  • 2003 : Simorgh (Albin Michel). En conclusion d'un entretien accordé à cette occasion au "Monde des Livres" .

 

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Jean AMROUCHE

Publié le par fethiok


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Jean Amrouche est né le 7 février 1906 à Ighil Ali, en Petite Kabylie. On peut parler à son propos de "cas culturel particulier". En effet, comme il le dit lui-même :

"Kabyle de père et de mère, profondément attaché à mon pays natal, à ses moeurs, à sa langue, amoureux nostalgique de la sagesse et des vertus humaines que nous a transmises sa littérature orale, il se trouve qu'un Hasard de l' histoire m'a fait élever dans la religion catholique et m'a donné la langue française comme langue maternelle."

Il est donc kabyle d'origine et de culture, mais les circonstances coloniales lui attribuent le français comme langue et le christianisme comme religion. Cette situation le met en porte-à-faux par rapport à l' Islam et à la langue berbère qui prévalent dans sa société. Ce drame social et intime contribuera à mettre en place chez le poète une conscience aiguë de l' isolement et de l' exil, d'une solitude fondamentale et irréductible.

Il quitte très jeune l' Algérie pour la Tunisie. Il y enseigne puis rentre dans le monde de la culture française à partir de 1943. Il collabore notamment aux rubriques culturelles des grands journaux comme Le Monde, Témoignage chrétien, L' Express et L' Observateur. Il travaille également à la Radiodiffusion française. Vivant à Paris, il ne cessera de suivre les événements d'Algérie. Il meurt à Paris le 16 avril 1962.

Il a publié à l' âge de 27 ans (en 1934) son premier recueil de poésies intitulé Cendres puis, trois ans plus tard, un second recueil intitulé Etoile Secrète. Ce sont ses principales productions poétiques en dehors de quelques textes publiés dans des revues. Il a également traduit en français les Chants berbères de Kabylie, publiés à Tunis puis réédités en France (Editions Charlot, 1947).

Les thèmes développés dans Cendres et Etoile Secrète se rattachent tous au vécu de l' isolement et de la séparation. Dans Cendres particulièrement, la parole poétique est dominée par la rupture et la culpabilité, comme en témoignent quelques titres comme "Brisure", "Arrachement". Cette sensation première et fondatrice, génératrice de douleur, produit chez le poète une double attitude vis-à-vis de la vie et des événements. En même temps que l' appétit de vivre et l' appel à la joie, la hantise de la mort est toujours présente. Dans "Angoisse de la jeunesse" (in Cendres), la question vitale ouvre le poème :

"Aurai-je la vie de l' âme et le temps de créer,
Aurai-je la force d'agir et de donner?"

Et la fin du poème apporte la réponse :

"Viens, nuit,
Ensevelisseuse aux doigts doux
................................................
Dormir, noyé, sur un lit d'algues couleur de mer,
Fondre dans la nuit simple ma chair qui pleure
.................................................

Ce vécu double et douloureux induit chez le poète la reconnaissance de la faiblesse de l' homme et de la difficulté de réalisation de l' idéal qu'elle entraîne :

"Lumière!
C'est toi que nous voulons
Mais......................
Quand à peine tu transparais
..........................
Nous n'avons pas la force
De te voir
........................."

Pour ce poète, une coupure insupportable règne dans sa vie, malaise fondamental qu'il traduit par la quête inquiète de son lieu :

"Mais ma place,
...............
Où, où est-elle?"

A cette inquiétude indépassable qui se formule dès son plus jeune âge, il va tenter de répondre en recherchant un principe d'unité qu'il formulera en termes spirituels et religieux. Sa recherche prendra forme autour du thème d'une enfance idéale, angélique et presque céleste, qui se confond avec l' image d'un éden perdu (notamment dans Etoile Secrète) : pays de la purification fondamentale, du rétablissement de la communication avec la spiritualité, qu'il formule en termes chrétiens.

Mais une telle contrée ne saurait exister car le conflit historique s' est installé en même temps que le drame personnel. La poésie permet néanmoins de l' inscrire, de le garder en soi comme une mémoire toujours vivace :

"Je veux aller trouver les Anges, mes frères,
Dans le pays muet que renferme mon coeur"

Car :

"Je suis orphelin, nous sommes des orphelins. A petit bruit, pleure ma détresse, une flamme qui va mourir et que nourrit sa propre mort, une détresse sans aucun nom, une détresse d'orphelin parmi les hommes orphelins, qui ont perdu leur Enfance au vent de la terre orpheline."

Drame du dédoublement culturel et ontologique, la poésie de Jean Amrouche laisse percevoir quelquefois de véritables accents baudelairiens, à travers le vécu intense du désir de lumière lié inextricablement à la corruption et à la faiblesse. La forme poétique en est très libre, le travail du poète oscillant entre le vers libre et la prose rimée ou assonancée. Toute sa poésie est traversée par le rêve d'un langage primordial, principe d'union de soi-même avec le monde et écho aux exigences de fidélité et de pureté que suppose cette quête presque mystique.

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