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Le Pataouète à la sauce Roland Baccri

Publié le par fethiok

Qu’est-ce que le pataouète ?

 

Colonie de peuplement à l’origine, l’Algérie a vu affluer des émigrés de toute la France mais aussi de toute l’Europe du sud. Ses villes devinrent rapidement un creuset où le mélange des cultures donnait naissance à une identité nouvelle. Dans cette communication interculturelle, la première chose que l’on échangeait c’était la parole, chacun dans sa langue ou en essayant d’utiliser approximativement la langue de l’autre, et le geste à l’appui car les mots ne suffisaient pas toujours à se faire comprendre.

 

C’est donc dans la rue, au marché, dans les champs, sur le port, à l’atelier ou à l’école que prenait naissance ce qui aurait pu devenir, si l’histoire nous avait laissé un peu plus de temps, une véritable nouvelle langue à forte dominante francophone, tout comme la langue américaine est née de l’anglais.

 

C’est ce parler des faubourgs et du bled, fait d’un patch­work de langues méditerranéennes, que l’on a appelé le Pataouète. L’origine du mot se trouve sans doute dans celui de « patois », qui désigne un dialecte local, et plus particulièrement dans sa prononciation cata­lane : « patuet ».

 

 

Plusieurs Pieds Noirs ont écrit en pataouète mais le Roi, incontestablement, c'est Roland Bacri.Il connait bien la Sépia.

 

Roland Bacri est né à Bab El-Oued (le quartier populaire européen d’Alger à l'époque coloniale) le 1eravril 1926.

Humoriste pied-noir, il fait ses premières armes de journaliste au Canard Sauvage de Bernard Lecache à Alger. En 1953, il envoya un poème au Canard enchaîné qui le publia. Une relation épistolaire s'établit entre lui, et le rédacteur en chef du journal. En 1956, il est convié à Paris pour une collaboration régulière.

Sous le pseudonyme « Roro de Bab-el-Oued, ainsi que le petit poète », il signe des textes qui se signalent surtout par l'emploi de l'argot algérois. Cette chronique régulière ne s'engagea jamais vraiment en faveur d'aucune communauté, mais eut le mérite de corriger l'analyse du Canard sur la situation algérienne, en particulier sur l'attitude des Pieds-Noirs. Il est chroniqueur à l’hebdomadaire satirique français le Canard enchaînédepuis 1956. Il s'éloigne progressivement du journal dans les années 90.

Son frère, Jean Claudric, qui se nomme réellementJean-Claude Bacri est l'ami et chef d'orchestre d'Enrico Macias, pour qui il composa « Les filles de mon pays » et « Les gens du nord ».

On raconte qu’il s’exprime si naturellement en vers que ses amis ont été obligés de lui offrir un Dictionnaire des mots qui ne riment pas. Son épitaphe est la suivante: "Ici git suis. Ici git reste."

 

LE PATAOUETE
Essai sémantique, sémiologique, salamalexicologique et tout, pour expliquer qu'une langue pied-noir ça existe et pas qu'un peu, mais que pour bien la maîtriser, il faut aussi apprendre à tomber la veste, taper la sieste, boire l'anisette, faire le bras d'honneur, taper le bain en bas la mer... Tout un programme, quoi ! On voit ça à la Sépia!


En lingouistique pure, on vous apprend toutes les différences qu'y a entre le patois, le dialecte, l'idiome et je vous dis pas tout le charabia sémantique qui découle,ça avancerait à quoi ?  A vous impressionner pour que vous disiez : " Qu'est-c'qu'il est fort en philologie, çui-là! " ? 

Les sciences philologiques, analogiques, étymologiques, terminologiques, c'est que des choses logiques mais ça m'entraînerait trop loin si je vous les attaquais d'entrée. Mieux, j'vous dis des choses simples (mais savantes quand même !) et vous allez voir, vous allez me comprendre, faites-moi confiance.

Donc, l'Algérie de papa, elle est morte, y paraît, mais le pataouète, c'est une langue vivante, grâce à Dieu! et elle va très bien, merci. Et d'abord et surtout: faut pas confondre ! Je m'explique. En Languedoc, y z'ont une langue ad hoc mais à part les Occitans, qui c'est qui les comprend ? Pareil en Bretagne BzH ou en Champagne pouilleuse, si vous êtes pas du cru, c'est cuit ! 

Le pataouète d'Afrique du Nord, c'est pas une spécialité régionale. La preuve : les Arabes, les Espagnols, les Italiens, les Français de France, tous ils le comprennent. Obligé, puisque le pataouète est un mélange, un brassage, un tout composite, si vous voulez, de toutes les langues originelles. De ces langues originelles, on en a fait une, originale, oilà ! 
Rien à voir, vous le voyez, avec un patois, un dialecte ou l'idiome du village. J'veux pas les rabaisser, ils ont un patrimoine culturel, une entité pourquoi pas, mais chez nous z'autes, c'est plus important au point de vue richesse de langues. 
 

Un peu d'historique, ça fait pas de mal!

Le pataouète, tout le monde croit qu'il est né en 1830 quand les Français ont débarqué à Sidi-Ferruch, à la suite du coup d'éventail du dey Hussein sur la joue du consul Deval, à cause de l'" affaire Bacri" (ouais, c'est ma famille, mais c'est pas mon propos, marque dommage !).
Tout le monde, donc, croit, mais c'est faux complètement. Le pataouète va chercher ses racines lingouistes beaucoup beaucoup beaucoup plus loin dans l'ancien temps, qu'est-ce vous croyez ? 
Edmond Brua, qu'il a écrit la Parodie du Cid entre autres et qu'il était un érudit capable, un jour, il m'a appris, comme on devisait : 

- Tu te rappelles le passage du Carthaginois de Plaute, le monologue de Hannon : Ythalonim ualon uth sicorathisyma comsith Chym lachchunythmumys thyal mycthi bariumi sehi, etc. que tout le monde y comprend que dalle, à part les mots en latin et en phénicien ? 
Des philologues y disent qu'y a du vieux gallois, d'autres, de l'irlandais. Un nommé Court de Gibelin, il a trouvé que c'est plutôt du bas-breton. Des z'autes, même, y soutiennent que c'est du basque, tu t'rends compte ? 

Je l'ai interrompu : 
- Maintenant, j'comprends pourquoi qu'on dit : Plaute basque !...
On a rigolé un bon coup, il a continué : 
- Comme Carthagène, Carthage, au fond, c'est l'Afrique du Nord, pourquoi qu'on penserait pas à du berbère (masylien), hein, que c'était la langue indigène des autochtones d'alors ? 
Je me le regarde, frappé, et je sors : 
- Au lieu du bas-breton, ce serait du haut-gard ? C'était une astuce, bien sûr, mais ça n'empêchait pas le sérieux qu'y faut dans des conversations comme ça. 
Enfin, bon, bref, abrégeons, puisque à part le latin et le phénicien, on savait pas c'qu'y avait encore, c'était quèque chose de déformé par l'accent, un massacre de syntaxe, une sorte de " carthaouète ". 
On traduit, littéral... comment qu'on est tombés stupéfaits !
Le dernier vers, vous vous rappelez ? Aoccaaneclictorbodes iussum limnimcolus, oilà comment, facile, on l'a traduit : 

" Son exploit, l'huissier y peut se le foutre au cul ! " Que si c'est pas du pataouète, ça, alors j'me fais curé ! 
A propos, tiens ! Claudel, ouais, Paul Claudel, l'ambassadeur, poète, écrivain, vous savez qu'il a écrit des vers comme: 
Tout ça est pour attester aux gens une fois de plus cette bonne chose qui vient du ciel, Cette bonne chose de tout le poids qu'on est à quoi l'on est attaché avec des bretelles. 
Vous pouvez vérifier, vous savez ? C'est dans le poème intitulé Saint Michel Archange, qu'il était patron des parachutistes d'Indochine. 
Il faisait du pataouète sans le sa'oir, ma parole! 
Bon, où que j'en étais-je ? Le pataouète, donc, c'est une vraie langue que de très grands écrivains (vous verrez la sorte d'anthologie que je vous ai sortie au cours de cette modeste étude), de très grands écrivains lui ont donné des lettres de noblesse. Qu'est-ce qu'y disait, Albert Camus, à Emmanuel Roblès, à Alger ? " Le pataouète, c'est une langue qu'elle devrait servir à écrire une tragédie. "
y savait pas si bien dire, purée !

 

 

 

 

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Conte algérien: L'homme qui épousa une ogresse.

Publié le par fethiok

Conte

Malgré les mises en garde des siens, un homme épousa une très belle femme soupçonnée d’être une ogresse. La nuit, elle se faufilait dans l’enclos où les bergers enfermaient leurs troupeaux et dévorait une brebis. Les soupçons pesèrent sur elle mais son mari refusa de le croire…

Jadis, malgré la mise en garde des siens, un homme épousa une très belle femme rencontrée dans la forêt. Il ne pouvait se douter que c’était une ogresse. Le jour, elle pétrissait le pain, roulait le couscous et vaquait aux occupations ménagères telle les autres femmes. Mais la nuit, elle se faufilait dans l’enclos où les bergers enfermaient leurs troupeaux et dévorait une brebis. Les hommes de la tribu, très inquiets, se réunirent pour trouver une solution à ces disparitions. Le père du mari de l’ogresse se proposa : 
- Pour bien surveiller le troupeau, cette nuit, je m’envelopperai dans ma djellaba noire et me dissimulerai au milieu des brebis.

L’ogresse, qui ignorait que son beau-père était dans l’enclos, se glissa comme à son habitude pour se rassasier de la brebis la plus grasse. Dans l’obscurité, elle saisit le vieux qui cria : 
- Lâche-moi immonde créature ! Lâche-moi !

Elle retira sa main en bafouillant : 
- Mais ce n’est que moi, ta belle-fille ! J’ai entendu un agneau bêler et je suis venue voir s’il y avait un voleur.

Le vieux fit mine de la croire tant il avait peur et dès le lever du jour, il alerta son fils : 
- Malheur ! Ta femme est une ogresse ! Sauvons-nous pendant qu’il est encore temps. Quand elle aura décimé nos troupeaux, elle s’attaquera à nous.

Le fils protesta : 
- C’est impossible ! Elle m’a donnée une fille, elle ne peut être une ogresse.

Comme l’homme ne voulait rien entendre, les siens le quittèrent. Ils déménagèrent en lui laissant sa part des bêtes : moutons, vaches, chevaux. Il resta seul avec sa femme et sa toute petite fille. Hélas, au fil des jours, son cheptel se rétrécissait. Aveuglé par l’amour qu’il portait à sa femme, il trouvait toujours une excuse à ces disparitions. Il se disait que les bêtes s’échappaient de l’enclos ou que le chacal les dévorait.

Un jour, il revint plus tôt des champs et, horreur, il découvrit sa femme, la tête plongée dans les entrailles d’une pouliche. Avant qu’elle ne l’aperçoive, il déposa sa fille sur ses épaules et s’enfuit à toutes jambes.

Soudain, alors qu’il reprenait son souffle, sa fillette l’attrapa par les oreilles et lui dit : 
- Hum ! Oh papa ! J’ai faim et je grignoterais bien tes belles oreilles ! 
- Quoi ? Ma propre enfant serait une ogresse ?

Sans hésiter, il la précipita dans la rivière profonde et continua sa course. Mais l’ogresse était déjà à ses trousses. Il faillit être rattrapé ne fut-ce l’opportune présence d’un grand peuplier. Il grimpa jusqu’au sommet. L’ogresse se posta au pied de l’arbre et se mit à le menacer : 
- Jamais tu ne m’échapperas car soufflera le vent d’hiver, tu tomberas et je te dévorerai ! Soufflera le vent du printemps, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’été, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’automne, tu tomberas et je te dévorerai !

Depuis, chaque jour, sauf quand elle chassait pour se nourrir, elle s’acharnait sur le tronc de l’arbre qu’elle rongeait de ses dents pointues pour le couper. Terrifié, l’homme implorait : 
- Ô arbre de mon père et de ma mère, grossit, grossit ! Et juste au moment de se rompre, le tronc reprenait sa forme initiale.

Le temps passa ainsi et l’homme scrutait l’horizon dans l’espoir d’apercevoir quelqu’un qui pût le secourir. Un jour, il vit un vol d’oiseaux et cria dans sa direction : 
- Ô vous, qui volez si haut, allez dire à ma mère et à mon père que je suis en grand danger ! Les oiseaux migrateurs portèrent le message. Des cavaliers de sa tribu, armés, volèrent à son secours. Ils découvrirent le peuplier. Heureusement, l’ogresse était à la chasse. L’homme quitta vite son arbre après avoir accroché son burnous à une branche pour laisser croire qu’il était toujours là. Il enfourcha un cheval et fila avec ses sauveurs.

À son retour, l’ogresse, rassurée par le burnous qui flottait sur la cime de l’arbre, continua ses menaces tout en rongeant le tronc de l’arbre. Ainsi, les saisons se succédèrent et vint l’automne venteux. Un matin, une tornade se leva et le burnous voleta dans l’air avant de tomber sur un rocher à proximité de l’arbre. 
- Ah ! Je t’avais dit que tu tomberais ! hurla l’ogresse en furie. Elle se jeta sur le burnous et le mordit avec une telle violence que toutes ses dents se brisèrent sur le rocher. On dit qu’elle en est morte ! Quant à l’homme, il vécut en paix avec les siens !

Mon histoire a pris la route du feu ! Et moi, j’ai mangé du R’fiss délicieux !









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La folie et ses amis.

Publié le par fethiok

  La Folie décida d'inviter ses amis pour prendre un café chez elle.Tous les invités y allèrent. Après le café la Folie proposa :

 - On joue à cache-cache ?

  - Cache-cache ? C'est quoi, ça ? - demanda la Curiosité.

  - Cache-cache est un jeu. Je compte jusqu'à cent et vous vous cachez.Quand j'ai fini de compter je cherche, et le premier que je trouve sera le
prochain à compter.

    Tous acceptèrent, sauf la Peur et la Paresse.

1, 2, 3,...


  - la Folie commença à compter.

  - L'Empressement se cacha le premier, n'importe où.

  - La Timidité, timide comme toujours, se cacha dans une touffe d'arbre. La Joie courut au milieu du jardin. La Tristesse commença à pleurer, car elle ne trouvait pas d'endroit approprié pour se cacher. L'Envie accompagna le Triomphe et se cacha près de lui derrière un rocher.

La Folie continuait de compter tandis que ses amis se cachaient.

Le Désespoir était désespéré en voyant que la Folie était déjà à 99… CENT ! cria la Folie. Je vais commencer à chercher...

La première à être trouvée fut la Curiosité, car elle n'avait pu s'empêcher de sortir de sa cachette pour voir qui serait le premier découvert. En regardant sur le côté, la Folie vit le Doute au-dessus d'une clôture ne sachant pas de quel côté il serait mieux caché.

Et ainsi de suite, elle découvrit la Joie, la Tristesse, la Timidité...

Quand ils furent tous réunis, la Curiosité demanda :

 Où est l'Amour ?

 Personne ne l'avait vu.

 La Folie commença à le chercher. Elle chercha en haut des montagnes, dans les rivières au pied des rochers. Mais elle ne trouvait pas l'Amour. Cherchant de tous côtés, la Folie vit un rosier, pris un bout de bois et commença à chercher parmi les branches, lorsque soudain elle entendit un cri. C'était l'Amour, qui criait parce qu'une épine lui avait crevé un oeil.

 La Folie ne savait pas quoi faire.

 Elle s'excusa, implora l'Amour pour avoir son pardon et alla jusqu'à lui promettre de le suivre pour toujours.

  L'Amour accepta les excuses.

  Et depuis ce jour-là, l'Amour est aveugle.

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L'origine du monde et des hommes

Publié le par fethiok

 

Autrefois, il y a très longtemps de celà, quand le soleil et la lune ne brillaient pas encore dans le ciel et quand le monde se résumait à une brume verdâtre de la forêt vierge, les Esprits se réunirent pour élire leur roi. Aprés d'interminables conciliabules, ils hésitèrent entre le fort Ntogini, l'habile Ndoga-gin, et le sage Mguri-mgori.


Un Esprit insignifiant et faible nommé Impisi s'adressa alors à toute l'assemblée :
"Choisissons pour roi celui d'entre nous qui réussira l'exploit le plus remarquable. "


Tous les Esprits furent d'accord.


Le fort et courageux Ntogini se leva et, d'un seul geste de la main, dissipa la brume verdâtre de la forêt.


Le vif et adroit Ndoga-gin fit, lui aussi, un geste de la main et créa la Terre.


Le sage Mguri-mgori étendit ses bras sur la Terre et, aussitôt, la forêt se mit à pousser, les ruisseaux et les rivières à couler, les lacs à se remplir d'eau.


Sur ce, le robuste Ntogini gonfla ses joues et souffla. Il arracha tous les arbres de la forêt, en engendrant vents et tempêtes.


Ndoga-gin réunit tous les Esprits morts depuis les origines du Temps pour les suspendre dans le ciel, créant ainsi la Lune et les étoiles.


Mguri-mgori prit l'un de ses yeux et le lança haut dans le ciel, où il se transforma en Soleil.


Ensuite, Ntogini créa les nuages, Ndoga-gin la pluie et Mguri-mgori l'éclair. Peu à peu, la Terre acquit son apparence définitive, seuls les hommes y manquaient.


Alors, le faible et insignifiant Esprit Impisi se présenta à nouveau devant la grande assemblée et dit :
"Les trois dieux sont en vérité trés puissants, mais il semble que Mguri-mgori soit tout de même le plus fort d'entre eux. Faisons-en notre roi s'il parvient à créer des êtres semblables à nous, les Esprits. "


Tous les Esprits acceptérent la proposition d'Impisi. Mguri-mgori leur fit ses adieux et se retira dans un lieu connu de lui seul. Il resta absent très longtemps, se montrant discret à son retour sur ce qu'il avait fait pendant sa retraite. Il se contenta de dire :
"Je vais créer des êtres semblables à nous. Je leur accorderai le privilége de régner sur tout ce qui se trouve sur la Terre, mais ils auront deux devoirs : celui de nous obéir, à nous, les dieux et les Esprits, et celui de se laver tous les jours dans l'eau fraîche et courante pour que leurs pensées soient pures. "


Aprés avoir manifesté bruyamment leur enthousiasme, les Esprits l'élurent roi. Seul le fort Ntogini en fut mécontent, car il jalousait Mguri-mgori. Il souffla de toutes ses forces et une tornade terrible dévasta la Terre. Les fleuves sortirent de leurs lits pour inonder les terres. Lorsque la tornade s'apaisa et que les fleuves retrouvèrent leur cours habituel, des marécages s'étendaient un peu partout. Et voilà que les hommes se mirent à sortir de toute cette boue.

Comme ils sont issus des marécages, leur peau est noire, mais comme ils se baignent tous les jours dans l'eau cristalline des riviéres, leurs pensées sont d'une blancheur éclatante.

 

masqueafricain[1]

 

 

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La tortue et les deux canards.

Publié le par fethiok


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On raconte que deux canards et une tortue vivaient près d’un étang où poussait une herbe abondante. Les deux canards et la tortue étaient liés d’amitié et d’affection.
Il advint que l’eau de l’étang tarit ; alors les deux canards vinrent faire leurs adieux à la tortue et lui dirent :

-« Reste en paix, amie ; nous quittons cet endroit car l’eau commence à manquer ».
-« Le manque d’eau, leur dit la tortue, m’affecte plus que toute autre créature, car je suis comme la barque : je ne peux vivre que là où l’onde abonde. Tandis que vous deux, vous pouvez survivre partout ; emmenez-moi donc avec vous. »

Ils acceptèrent.

- « Comment ferez-vous pour me porter ? » demanda-t-elle.
- « Nous prendrons chacun le bout d’une branche, dirent-ils, et tu te suspendras, avec ta bouche, par le milieu alors que nous volerons avec toi dans les airs. Mais garde-toi, si tu entends les gens parler, de prononcer un mot. »

Puis ils la portèrent et volèrent dans les airs.
- « C’est incroyable, dirent les gens lorsqu’ils les virent,... Une tortue entre deux canards qui la portent. »
- « Ô gens de mauvaise foi, que Dieu vous fasse crever les yeux ! » pensa la tortue, lorsqu’elle les entendit.

Mais dès qu’elle ouvrit la bouche pour parler, elle tomba sur la terre ferme et creva.

   IBN-AL-MUQAFFA‘
(724-759, VIII° Siècle). (Du livre de Kalila Wa Dimna)


Water Effect

 

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La part du colibri

Publié le par fethiok

La terre, être silencieux dont nous sommes l'une des expressions vivantes, recèle les valeurs permanentes faites de ce qui nous manque le plus : la cadence juste, la saveur des cycles et de la patience, l'espoir qui se renouvelle toujours car les puissances de  vie sont infinies.


   Il nous faudra sans doute, pour changer jusqu'au tréfonds de nos consciences, laisser nos arrogances et apprendre avec simplicité les sentiments et les gestes qui nous relient aux évidences.


   Retrouver un peu du sentiment de ces êtres premiers pour qui la création, les créatures et la terre étaient avant tout sacrées...

  M'appuyant sur ce credo, je propose de poser quelques-unes des questions qui me tourmentent depuis plus de quarante ans.


  Comment se fait-il que l'humanité, en dépit de ressources planétaires suffisantes et de ses prouesses technologiques sans précédent, ne parvienne pas à faire en sorte que chaque être humain puisse se nourrir, se vêtir, s'abriter, se soigner et  développer les potentialités nécessaires à son accomplissement?


  Comment se fait-il que la moitié du genre humain, constituée par le monde féminin, soit toujours subordonnée à l'arbitraire d'un masculin outrancier et violent?


  Comment se fait-il que le monde animal, à savoir les créatures compagnes de notre destin et auxquelles nous devons même notre propre survie à travers l'histoire, soit ravalé dans notre société d'hyperconsommation à des masses ou à des fabriques de protéines ?


  Comment les mammifères bipèdes auxquels j'appartiens ont-ils pu se croire le droit d'exercer d'innombrables exactions sur le monde animal, domestique ou sauvage?


  Comment se fait-il que nous n'ayons pas pris conscience de la valeur inestimable de notre petite planète, seule oasis de vie au sein d'un désert sidéral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la polluer, de la détruire aveuglément au lieu d'en prendre soin et d'y construire la

paix et la concorde entre les peuples?


  Ces questions qui demeurent à ce jour sans réponse mettent en évidence la faillite de notre conscience et l'obscurantisme dans lequel nous évoluons en dépit de nos connaissances. Nous restons enlisés dans un profond et immense malentendu. Et je me demande si nous ne confondons pas nos aptitudes, qui nous permettent tant de performances pour le meilleur et pour le pire, avec l'intelligence qui devrait éclairer nos actes et nous aider à construire un monde différent...


  Ces constats obligent à se demander si l'humanité est encore en mesure d'orienter son destin vers l'indispensable humanisation, à savoir la construction du monde avec ce qu'elle a de meilleur pour éviter le désastre du pire. Cette question se pose à la conscience de chacun d'entre nous. Et en dehors des grandes décisions politiques que les Etats doivent prendre et pour lesquelles nous devons militer, il nous appartient également à titre individuel de faire tout ce que nous pouvons dans notre sphère privée et intime, comme nous l'enseigne la légende amérindienne du Colibri, appelé parfois
« l’oiseau mouche », ami des fleurs...



   Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les      animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s'active, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou,
agacé par ses agissements dérisoires, lui dit :

   "Colibri ! Tu n'es pas fou ? Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que  tu vas éteindre le feu ?"
   "Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part."


   Telle est notre responsabilité à l'égard du monde car nous ne sommes pas totalement impuissants si nous le décidons.

  Aujourd'hui, l'ensemble de la société planétaire est en crise, sociale, économique et écologique, avec des risques de changement climatique et d'effets écologiques prévisibles et imprévisibles. L'épuisement à terme des ressources énergétiques fossiles, associé à une demande qui s'accroît sans cesse, constitue une menace de conflits sans précédent en même temps que le grippage de la civilisation de la combustion. Le modèle de développement qui a prévalu durant les deux derniers siècles se révèle totalement inadéquat pour les critères élémentaires de la pérennité que la nature et
l’écologie nous donnent en exemple.

                                                                                       Pierre Rabhi


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Le combat intérieur

Publié le par fethiok

loup2
Un soir, un vieil Amérindien parlait à son petit-fils du combat qui se livre à l'intérieur de chacun de nous. Il l'expliquait comme suit: "Il y a deux loups en chacun de nous:

 
Le loup du Mal. C'est la colère, l'envie, la jalousie, la tristesse, le regret, l'avidité, l'arrogance, l'apitoiement, la culpabilité, le  ressentiment, l'infériorité, le mensonge, l'orgueil, la supériorité et l'ego...

Le loup du Bien. C'est la joie, la paix, l'amour, l'espérance, la sérénité, l'humilité, la bonté, la bienveillance, l'empathie, la générosité, la vérité  la compassion . "

Après y avoir réfléchi pendant un instant, le petit-fils demande:
"Grand-papa, quel loup gagne?"

 Le Grand-papa lui répond simplement: "Celui que tu nourris."

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L’histoire des deux cailloux

Publié le par fethiok

Il y avait une fois dans un village un fermier sans le sou qui devait rembourser une importante somme d’argent à un vieil homme très laid.  Comme le fermier avait une fort jolie fille qui plaisait beaucoup au vieux prêteur, ce dernier proposa un marché.  

 

Il dit qu’il effacerait la dette du fermier s’il pouvait marier sa fille.  Le fermier et sa fille furent tous deux horrifiés par cette proposition.  Alors le vieux prêteur ratoureux suggéra que le hasard détermine l’issue de la proposition.  Il leur dit qu’il mettrait un caillou blanc et un caillou noir dans un sac d’argent vide, et que la fille aurait à piger, à l’aveuglette, un des deux cailloux du sac.

1) si elle pige le caillou noir, elle devient son épouse et la dette de son père

    est effacée. 

2) si elle pige le caillou blanc, elle n’a pas à l’épouser et la dette du père est également annulée. 
3) si elle refuse de piger un caillou, son père est jeté en prison.  

Cette discussion avait lieu sur le chemin devant la maison du fermier, et le sol était jonché de cailloux.  Tout en continuant de parler, le vieux monsieur laid se pencha pour ramasser les deux cailloux.  Comme il les ramassait, la jeune fille, qui avait l’œil vif, remarqua qu’il avait ramassé deux cailloux noirs et qu’il les avait mis dans le sac.  Mais elle ne dit rien.  Puis le vieux prêteur demanda à la jeune fille de piger dans le sac. 

  
Imaginez un instant ce que vous auriez fait si vous aviez été là.  Qu’auriez-vous conseillé à la jeune fille de faire? 
 
Si on analyse bien, il y a 3 possibilités : 
1) la fille devrait refuser de piger un caillou 
2) la fille devrait sortir les deux cailloux noirs du sac, montrant que le vieux 
    a triché 
3) la fille devrait piger le caillou noir et se sacrifier en mariant le vieux pour 
    épargner l’emprisonnement à son père 

Prenez un moment pour réfléchir à cette situation.  Cette histoire a pour but de vous faire apprécier la différence entre la pensée logique et la pensée dite “latérale”.  Le dilemme de la jeune fille ne peut pas être résolu de façon équitable par la pensée logique traditionnelle.  Pensez aux conséquences de chacune des trois options possibles.  Alors, qu’auriez-vous fait? 

  

Bien voici ce que la jeune fille fit : 

Elle pigea dans le sac et en sortit un caillou qu’elle échappa aussitôt par terre, gauchement, sans qu’on ait pu le voir, et il se confondit spontanément  avec la multitude des autres cailloux sur le sol. 

  

Ah! ce que je peux être maladroite, s’exclama la jeune fille.  Mais qu’importe, si je sors du sac le caillou qui reste, on verra bien lequel j’avais pigé en premier! 

Puisque le caillou restant était noir, le premier caillou pigé ne pouvait qu’être blanc. Et comme le vieux prêteur n’osa pas avouer sa malhonnêteté, la jeune fille transforma une situation qui semblait impossible en un dénouement fort avantageux. 

  

La morale de cette histoire : 

Il existe une solution pour la plupart des problèmes complexes.  C’est juste qu’on ne sait pas toujours regarder les choses sous le bon angle. 

cailloux

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Les Trois Pucelles .

Publié le par fethiok


3 pucelles


Au dessus de la Tour Sans Venin(voir article du 16/11/2009), des rochers verticaux semblables à des statues se détachent de la montagne. Tous les Grenoblois connaissent ces 3 rochers mythiques trônant fièrement sur les crêtes du Vercors. Ils sont le rendez vous des escaladeurs.

Mais connaissez-vous l'origine de ce nom très curieux ?

Les 3 Pucelles de St Nizier

 

" Il était une fois, il y a bien longtemps, 3 jeunes filles très belles et surtout très coquettes. Dans ce petit hameau du Vercors, leurs manières surprenaient les habitants qui avaient beaucoup de mal à survivre sur cette terre aride, et froide en hiver.

 Pendant que tout le monde s’affairait aux champs, nos 3 damoiselles se promenaient dans les près.

  - Ho, regardez les filles, comme ces fleurs feraient un joli bouquet,

  - Et avec celles ci, je ferai une tresse dans mes longs cheveux,

  - Ho, regardez, le marchant ambulant de tissus monte la côte,

  - Oui, allons voir les nouveaux coloris dans sa moche carriole?

 

   Et dans cette grande insouciance, elles se promenaient sans faire attention aux dangers de ce monde médiéval.

Un après-midi, elles partirent loin du village et............ des mécréants comme seul le Moyen âge en a créés (vous êtes d'accord gente dame, votre siècle ne comporte que des gentlemen) virent ces jouvencelles sans gardien et si .............. appétissantes.

Vous avez compris qu'un mauvais coup se préparait.

 

 Tout en dévalant la pente, ces malandrins criaient des obscénités que je ne peux vous traduire (chevalier je suis bien sûr).

  - Au secours fit l'une.

  - Fuyons fit l'autre.

  - Ah si j'avais su fit la troisième.

 

  Nos 3 pucelles comprirent leur erreur, et coururent vers le village si lointain .......... Mais les talons, la longue robe, les dessous en dentelle ne permettent pas une fuite rapide ....... Et le danger se rapprochait.

  Se sentant perdues, elles invoquèrent le Saint de la paroisse. Saint Nizier, toujours très vigilant envers ses protégées, avait vu la scène et se décida d'aider les « trop coquettes pucelles ».................. Mais .......... Il voulut faire un exemple pour que toutes les damoiselles (de cette époque bien sûr) comprennent que l'insouciance ne peut pas être sauvée sans conséquence.

 

Et plutôt que de punir directement les malandrins, qui n'étaient que des pauvres hommes, il décida ......... de transformer ces 3 jeunes filles en rocher. Dans leur habit éternel, elles regarderaient le monde jusqu'à ce qu'un jour ............ Mais vous connaissez la suite. "

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Nasr Eddin Hodja

Publié le par fethiok


djeha

Nasr Eddin Hodja
est un
ââlem(savant) mythique de la culture musulmane qui aurait vécu en Turquie, à une date indéterminée entre le XIIIe siècle et le XVe siècle. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l'arabe, le grec, le russe et d'autres.

Son personnage s'est fondu à celui de Joha (au Maghreb) Jha, Djha ou Djouha. Le personnage de Joha (en Égypte il s'appelle Goha, en Turquie il s'appelle Nasreddin Hoca (prononcer Hodja)) préexistait à celui de Nasr Eddin Hodja sans que l'on puisse clairement déterminer l'origine de ce personnage ingénu, faux-naïf du monde arabo-musulman. En Iran, on l'appelle Mollah Nasreddin et en Asie centrale Appendi (du turc efendi : monsieur), mais ce sont toujours les mêmes aventures que l'on raconte à son propos. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d'histoire enseignement.

Nasr Eddin vit en général à Akşehir (Turquie) où il a sa tombe canular vide. Ses histoires ont parfois pour protagonistes le terrible conquérant Tamerlan (Timour Lang), pour qui il joue le rôle de bouffon insolent bien que la situation soit anachronique. D'autres histoires mettent en scène son âne et sa première femme Khadidja ; il exerce parfois la fonction de Cadi voire d'enseignant dans une médersa.

Il aurait vécu au VIIIe siècle à Koufa, un village d'Irak mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et l'autre en Algérie.

Le roman Goha le simple a inspiré le scénario du film Goha de Jacques Baratier, avec Omar Sharif et Claudia Cardinale, film primé au festival de Cannes en 1958.

L'Unesco a déclaré l'année 1996 année Nasr Eddin Hodja 

1.       Djeha-Hodja Nasreddin et le cocher
Djeha-Hodja Nasreddin rentre chez lui, contrarié par une mauvaise journée. Et pour une bagatelle, le voilà qui se dispute avec sa femme :
- J'en ai assez, je m'en vais, je quitte la maison !
Affolée et désemparée, sa femme lui court après en demandant :
- Où vas-tu ? Dis-moi au moins où tu vas aller...
Djeha-Hodja Nasreddin claque la porte, sans répondre et s'en va. Une fois dehors, il arrête une calèche qui arrivait et s'installe sans rien dire.
- Bonjour, Djeha-Hodja Nasreddin, où veux-tu aller, lui demanda le cocher
- Comment ça, où je veux aller. Je ne l'ai même pas dit à ma femme et tu veux que je te le dise à toi !

2.        La grasse matinée
Djeha-Hodja Nasreddin et sa femme paressaient au lit et aucun d'eux n'avait envie de se lever.
- Kalima, dit Djeha-Hodja Nasreddin,
va voir dehors s'il pleut encore.
- Non, le temps est sec, sinon tu entendrais le bruit de la pluie sur le toit.
- Alors, lève-toi pour mettre une bûche dans le feu.
- Tu ne vois pas d'ici qu'il reste encore des braises dans la cheminée ?
- Je vois que tu n'as aucune envie de te lever. Puisque tu as réussi à faire deux tâches sans sortir du lit, dis-moi comment tu comptes t'acquitter de la troisième ?
- Laquelle ? Interrogea Kalima
- Traire la chèvre qui se trouve dans la cabane, au bout du jardin.

3.        Le potage de la belle-mère
En voyant sa femme pleurer sans aucune raison, Djeha-Hodja Nasreddin lui demanda
- Que t'est-il arrivé ?
Sa femme, séchant ses larmes, lui répondit :
- Je me suis souvenu de ma pauvre mère. Elle aimait tellement ce potage. C'est elle qui m'a appris à le faire.
Djeha-Hodja Nasreddin connaissait sa belle-mère et avait beaucoup de respect pour elle. Donc il n'a rien dit. Il a pris une cuillerée de potage et l'a avalée. Ses yeux se sont alors remplis de larmes.
- Qu'est-ce qui se passe ? Lui dit sa femme. Pourquoi pleures-tu ainsi ?
- Je pleure, dit Djeha-Hodja Nasreddin, parce que c'est toi qui aurais du être morte au lieu de ta pauvre mère.

4.       Les jambes sciées
La femme de Djeha-Hodja Nasreddin n'était facile à vivre. Elle le harcelait constamment et Djeha-Hodja Nasreddin en avait plus qu'assez. Durant un de ses sermons, il parla des épouses acariâtres et il put vider son cœur à souhait. Quand il eut fini, il se sentit mieux et demanda aux hommes de l'assistance qui avaient des femmes acrimonieuses de se lever. Tous se levèrent, ce dont il fut surpris. Un de ses amis lui dit :
- Djeha, tu es le seul à ne pas te lever ! Tu dois donc être très heureux avec ta femme !
- Oh non ! Répondit Djeha-Hodja Nasreddin. J'allais me lever avant quiconque quand j'en ai été empêché. J'ai été tellement déconcerté par le nombre de personnes concernées que mes jambes se sont mises à trembler, à tel point que je ne pouvais même plus bouger.

5.        Qui a raison ?
Une grande controverse avait divisé le village en deux. On en appela à Djeha-Hodja Nasreddin pour résoudre le problème. Sa femme l'avertit que cela pourrait se retourner contre lui. Conscient de ses responsabilités, Djeha-Hodja Nasreddin ne pouvait se dérober. Il alla à la place du marché et fit face aux villageois réunis en deux clans opposés. Le leader et quelques voix du premier groupe lui crièrent de s'assurer qu'il avait bien compris leur point de vue. Après les avoir écoutés, il leur dit :
- Vous avez raison.
Les partisans du second groupe le menacèrent de leur poing pour le convaincre de la validité de leur point de vue. Il les écouta et leur dit :
- Vous avez raison aussi.
Sa femme le tira par la manche et lui souffla qu'ils ne pouvaient pas avoir raison tous les deux.
- Tu as raison toi aussi, lui répondit-il.

6.       Si Dieu veut (in chaa Allah) 
Djeha-Hodja Nasreddin était déterminé à être plus entreprenant. Un jour, il dit à sa femme qu'il allait labourer son champ près de la rivière et qu'il serait de retour pour le dîner. Elle l'exhorta à dire "In chaa Allah" (si Dieu veut). Il lui répondit que c'était son intention, que Dieu veuille ou ne veuille pas. Horrifiée, sa femme leva les yeux au ciel et, prenant Allah à témoin, lui demanda de lui pardonner pour ce parjure. Djeha-Hodja Nasreddin prit sa charrue, y attela ses bœufs et, enfourchant son âne, s'en alla vers le champ. Cependant, suite à une soudaine et brève averse, la rivière déborda. Son âne fut emporté par le courant et, embourbé, un des bœufs eut une patte brisée. Djeha-Hodja Nasreddin dut le remplacer lui-même. Il avait fini la moitié du champ seulement quand le soir tomba. Il rentra chez lui, exténué. Il dut attendre longtemps dans l'obscurité que le niveau de la rivière baisse, pour pouvoir traverser. Il arriva vers minuit, trempé mais plus sage. Il frappa à sa porte.
- Qui est là ? Demanda sa femme.
- Je pense que c'est moi, si Dieu veut.

7.        La gestation de sept jours
La première femme de Djeha-Hodja Nasreddin étant morte récemment, il décida de se remarier. Exactement sept jours après le mariage, sa femme donna naissance à un bébé. Hodja courut au marché, acheta du papier, des crayons, des livres et revint mettre ces objets à côté du nouveau-né. Etonnée, sa femme lui demanda :
-  Mais Effendi, le bébé n'aura aucune utilisation de ces objets pour un certain temps encore! Pourquoi cette précipitation ?
- Détrompez-vous ma chère, répondit Djeha. Un bébé qui arrive en sept jours au lieu de neuf mois, est sûr d’avoir besoin de ces choses d’ici à deux semaines au maximum.

8.        Le visage revêche
Un soir, Djeha-Hodja Nasreddin rentre chez lui, fatigué, cherchant un réconfort, mais ne trouvant, pour l’accueillir, que la mine renfrognée de sa femme.
- Qu'est-ce qui ne va pas encore ? Se plaignit Hodja
. C’est là toute ma récompense après une dure journée de labeur?
- Oh! Dit sa femme,
le petit garçon de notre voisin est mort. Je suis allé participer à la prière et je viens juste d’en revenir.
- Je me souviens, répliqua Hodja, Tu as le même visage revêche que quand tu reviens d’un mariage.

9.        L'âge de sa femme ?
Djeha-Hodja Nasreddin est allé chez le cadi pour divorcer. Ce dernier lui a demandé le nom de sa  femme.
- Je ne sais pas, a t-il répondu
- Depuis combien d’années êtes-vous mariés?
- Depuis plus de vingt ans
- Comment se fait-il que tu ignores le nom de ta femme?
- Je n'ai jamais pensé que le mariage durerait, donc je n'ai pas fait l'effort d'apprendre le nom de la jeune mariée.

10.   Tout le monde est là !
Allant chercher des œufs au marché, Djeha-Hodja Nasreddin en ramena un.
- Comment, lui dit sa femme, que veux-tu que je fasse d'un seul œuf ! Il m'en faut une demi-douzaine ! Pourquoi fais-tu toujours les choses au compte gouttes !
Il retourna au marché et ramena cinq autres œufs. Mais, quelque temps après, sa femme tomba malade et était mal en point.
- Va vite me chercher un médecin, lui dit-elle, qu'il fit illico. Il arriva avec plusieurs personnes et dit à sa femme :
- Cette fois, tu n'auras pas de reproches à me faire car j'ai suivi ton conseil et je t'ai ramené la demie-douzaine : avec le médecin, voici le pharmacien, le commerçant du bazar qui t'a apporté une bouillante pour te tenir chaud, le marchand de bois pour nous permettre de faire un bon feu dans la cheminée, l'imam qui va prier pour ta guérison et, il y a même le croque-mort, on ne sait jamais !

11.   La mort de Djeha-Hodja Nasreddin
Un jour qu'il se sentait mal en point, Djeha-Hodja Nasreddin s'étendit sur le chemin qui menait à sa maison, se croyant mort. Il s'est dit que quelqu'un finirait bien par passer par là et irait annoncer la nouvelle au village. Comme personne n'était venu, il se leva et alla chez lui annoncer la nouvelle à sa femme :
- Halouma, je viens juste de mourir, tu trouveras mon corps sur le chemin qui mène à la rivière. Il repartit s'étendre à nouveau sur le chemin. Sa femme alla voir le cadi et lui dit :
- Mon mari est mort, il est sur le chemin qui mène à la rivière.
- Halouma, En es-tu sûr ! Je viens juste de voir ton mari qui gambadait comme un cabri et je t'assure qu'il se portait à merveille !
- J'en sui sûr ! Il est venu me l'annoncer lui-même !



                                           جُحَا

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