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Autre lamentation...

Publié le par fethiok

Hommage aux 132 anges pakistanais (et à toutes les autres  victimes) emportés par la barbarie intégriste.

 

 

Ô sable divisé dans les mains souveraines
Cruel à toi-même à toi-même conforté
Peuple qui n’est que sang qu’on verse en vérité
Qu’entrailles de chevaux sur l’arène qu’on traîne

Regarde celui-là ton pareil et qu’on tue
ils t’ont donné la pierre et le couteau pour être
Le bourreau de toi-même à te choisir un maître
Et les coups de ton bras sur qui les portes-tu

Sur qui sur quelle chair dont le cri me déchire
Où s’inscrit la blancheur des flagellations
Et tu frappes ta bouche et c’est ta passion
Ta chute ta clameur et ton propre martyre

Ô  sable divisé plus que le chènevis
Peuple en mille micas brisé comme un miroir
À ces princes de Dieu peux-tu plus longtemps croire
Qui jouent aux osselets sur ton ventre ta vie

Toi qui portes la mort peinte dans ta prunelle
Sur ton corps écorché la pâleur de la faim
Qui n’a connu du jour que ce travail sans fin
Semblant éterniser les douleurs maternelles

Jusqu’à quand seras-tu la monnaie et le prix
Dont d’autres pour avoir les cieux feront échange
Jusqu’à quand faudra-t-il que du glaive des anges
À la gloire d’Allah soit ton visage écrit

 

                                                                            Louis Aragon (1897-1962)

 

 

 

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Ce voleur qui...

Publié le par fethiok

Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui.

Ce père qui recommande à ses enfants ne de pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui.

Ce mauvais citoyen qui traîne au Palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui.

Cet individu pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui.

C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail. Et lui qui quitte le soir son travail, sans être certain d’arriver à sa maison.

Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui.

C’est lui qu’on menace dans le secret d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé…

Cet homme qui fait le vœu de ne pas mourir égorgé, c’est lui.

Ce cadavre sur lequel on recoud une tête décapitée, c’est lui.

C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autre que ses petits écrits, lui qui espère contre tout, parce que, n’est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier.

Lui qui est tous ceux-là et qui est seulement journaliste.

Samedi 3 décembre 1994. Saïd Mekbel, 54 ans, célèbre billettiste et néanmoins directeur du journal Le Matin, publiait un dernier billet étrangement prémonitoire intitulé «Ce voleur qui…», où la mort guettait le journaliste rasant les murs.

Samedi 3 décembre 1994. Saïd Mekbel, 54 ans, célèbre billettiste et néanmoins directeur du journal Le Matin, publiait un dernier billet étrangement prémonitoire intitulé «Ce voleur qui…», où la mort guettait le journaliste rasant les murs.

Ce voleur qui...Ce voleur qui...

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