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Mohammed DIB

Publié le par fethiok

 

"Si ton chant n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi." Mohammed DIB

 


Dib
Mohammed Dib (Tlemcen, 21 juillet 1920 - La Celle Saint-Cloud, 2 mai 2003) est un écrivain algérien de langue française, auteur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, de contes pour enfants, et de poésie.

André Malraux avait salué en 1952 son roman La Grande Maison, premier volet d'une trilogie consacrée à sa ville natale, Tlemcen. Et, à la même époque, Maurice Nadeau affirmait : "De tous les écrivains africains, il est celui qui risque de nous toucher le plus. «Dix ans plus tard, Aragon, qui avait écrit un article sur son roman dans Les Lettres françaises, préface un de ses recueils de poèmes. Mohammed Dib est l'un de ces écrivains qui ont su, à partir de leur identité nationale, s'élever vers une certaine idée de l'universalité. Pour lui, cette idée, c'est en français qu'elle devait s'exprimer, s'échanger.

Né le 21 juillet 1920 dans l'ouest algérien, orphelin de père, Mohammed fait la connaissance d'un instituteur français, militant communiste, Roger Bellissand, qui l'initie à la culture française. Il obtient ses deux certificats d'études, l'algérien et l'eurropéen, et devient lui-même instituteur en 1938. Il sera aussi comptable, traducteur et journaliste à Alger républicain. Durant la guerre, mobilisé, il s'inscrit à l'université d'Alger pour étudier les lettres. "Je me suis découvert et fait avec cette langue, expliqua-t-il, il y a deux ans, à un journaliste de La Vie. Non pas de manière inconsciente et indirecte, comme ce qui se fait tout seul. C'est une marche, une longue marche. Quand on entre dans une autre langue, les pesanteurs, les habitudes de pensée qu'elle véhicule vous semblent totalement neuves. Ce que les autres entendent comme des lieux communs sont pour vous des paroles de vérité, qui vous révèlent à vous-même. (...) La traversée d'une langue est une recherche de soi. Je suis toujours en marche vers cet horizon. Chaque livre est un pas de plus."


"UN FOND MYTHIQUE"

Il précisait : "Mes images mentales sont élaborées à travers l'arabe parlé, qui est ma langue maternelle. Mais cet héritage appartient à un fond mythique commun. Le français peut être considéré comme une langue extérieure - bien que c'est en français que j'ai appris à lire -, mais j'ai créé ma langue d'écrivain à l'intérieur de la langue apprise... Je garde ainsi la distance ironique qui facilite l'investigation sans passion. " ("Le Monde des livres" du 21 février 2003.)

En 1951, il épouse une Française et adhère, pour peu de temps, au PCF. La Grande Maison paraît l'année suivante au Seuil et obtient le prix Fénéon. Œuvre forte, habitée par une compassion jamais apitoyée, ce premier roman décrit admirablement l'atmosphère de l'Algérie rurale de la fin des années 1930, avec ses révoltes et ses espoirs. L'Incendie (1954) et Le Métier à Tisser (1957) complèteront cette trilogie romanesque.

1959 marque la grande rupture et l'exil sans retour : il est expulsé d'Algérie par les autorités coloniales en raison de ses activités militantes. Cependant, il ne fera jamais de l'exil une religion doloriste. Ces années difficiles l'ont convaincu de sa vocation. Il écrit beaucoup, des romans, des nouvelles, du théâtre, des contes pour enfants, et surtout des poèmes. A la haute tradition de la poésie arabe, il ajoute une évidence, un dépouillement, une volonté de nommer les choses et les êtres dans la plus grande transparence. De nombreux recueils manifesteront cette part secrète d'un engagement constant qui avait pour lui une forme d'abord intérieure.

A la différence de nombres d'auteurs algériens de sa génération, tel Kateb Yacine, Mohammed Dib n'élève pas la voix. Sa révolte n'en est pas moins profonde, sa sensibilité à l'humiliation et à la misère humaine demeurent constantes. "La honte, comment s'accommoder de la honte ?", écrit-il un jour.

Mohammed Dib n'était pas un sédentaire. Il a voyagé beaucoup, et même enseigné à Los Angeles, en 1976 - expérience dont il tirera son roman L.A. Trip. Au cours de ces mêmes années, il se rend plusieurs fois en Finlande. Les Terrasses d'Orsol, Le Sommeil d'Eve (qui étudie les relations entre la fiction et la folie), ou Les Neiges de marbre formeront, à partir de 1985, une trilogie nordique. S'il en était besoin, ce nouvel horizon prouverait combien Dib n'accepta aucun rétrécissement de son monde. Et combien son exil était aussi le signe de son universalité. Dans son dernier livre publié, Simorgh, il revient, sous la forme d'un puzzle littéraire, sur ses souvenirs d'enfance.

Salué par plusieurs récompenses, comme le Grand Prix de la francophonie en 1994, l'œuvre de Mohammed Dib avait été un peu oubliée ou négligée ces dernières années. Sa mort devrait la faire redécouvrir.
 


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"Cet homme parle avec les mots de Villon et de Péguy"
(Aragon)
 

  • 21 juillet 1920 : naissance à Tlemcen. 
  • 1931 : obtient deux certificats d'études, "l'indigène" et l'"européen". 
  • 1938-1940 : instituteur de village. 
  • 1940-1944 : cours à l'université d'Alger.
  • 1951 : journaliste à Alger républicain et à Liberté,organe du Parti communiste.
  • 1952 : publication de La Grande Maison (Le Seuil), premier tome d'une trilogie algérienne. Suivront L'Incendie (1954) et Le Métier à tisser (1957).
  • 1959 : expulsé d'Algérie par la police coloniale. André Malraux, Albert Camus, Jean Cayrol et Louis Guilloux interviennent pour qu'il puisse s'installer en France.
  • 1959 : Baba Fekrane (contes pour enfants).
  • 1961 : L'Ombre gardienne (Sindbad, et réédité en 2003 par La Différence). Dans la préface, Louis Aragon écrit : "Cet homme d'un pays qui n'a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy."
  • 1962 : Qui se souvient de la mer.
  • 1967 : s'installe à La Celle-Saint-Cloud.
  • 1968 : La Danse du roi (Le Seuil)
  • 1970 : Dieu en barbarie et Formulaires(recueil de poèmes) (Le Seuil).
  • 1973 : Le Maître de chasse.
  • 1974 : Le Chat qui boude. (contes pour enfants).
  • 1976-1977 : "Regent's Professor" à l'université de Californie - Los Angeles (UCLA).
  • 1977 : Habel.
  • 1979 : Feu beau feu (recueil de poèmes).
  • 1983-1986 : enseigne à La Sorbonne.
  • 1984 : Au café (Sindbad)
  • 1985 : début de sa trilogie finlandaise : Les Terrasses d'Orsol (Sindbad, 1985 et La Différence, 2003), Le Sommeil d'Eve (Sindbad, 1989 et La Différence, 2003), Les Neiges de marbre (Sindbad, 1990).
  • 1994 ; Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française, attribué pour la première fois à un écrivain maghrébin.
  • 1998 : parution de L'Arbre à dires. Prix Mallarmé pour son recueil de poèmes L’enfant-jazz.
  • 2001 : Comme un bruit d'abeilles (Albin Michel)
  • 2003 : L.A. Trip (La Différence).
  • 2003 : Simorgh (Albin Michel). En conclusion d'un entretien accordé à cette occasion au "Monde des Livres" .

 

Commenter cet article

cacao 04/05/2012 05:33

Bonjour Fethi. Merci pour cet article très intéressant et documenté. Bon W.E. à venir et bises.

Le Briard 03/05/2012 08:20

Un grand homme .

sylviane 03/05/2012 06:04

merci pour cette découverte. Ton article est trés bien écrit

sylviane

françoisedu80 02/05/2012 23:07

Hello Fethi,
Je crois que j'avais juste entendu son nom
(pas lu) son oeuvre importante est reconnue
et saluée trop tardivement hélas !
Bien à toi (excuse ce retard)

Laret Jean-Pierre 02/05/2012 18:06

Merci pour ces renseignements et cette découverte!"Si ton chant n'est pas plus beau que le silence,alors tais-toi".Belle phrase toujours d'actualité........A bientôt,Jean-Pierre.

nettoue 02/05/2012 14:43

Je parle mais j'évite de chanter, par respect pour autrui. C'est un concept très sage pris au second degré !
Bises Fethi

je suis sur que ce concert était dom 02/05/2012 12:13

je connaissais un peu le travail de Mohamed dib ... bonne journée fethi

biker06 02/05/2012 11:50

Hello Fethi
Tu me fais toujours découvrir un personnage que je ne connaissais pas .... Faut dire qu'en 52 , je n'etais pas né ! hi hi hi
@ + Pat

jean marie 02/05/2012 11:08

c'est un très bel article,je te souhaite un bon mercredi,belle journée,bises