L'ARBRE BLANC
ma richesse,
c'est la neige,
et sa lumière aurorale.
j'accumule les fruits
d'arbres scellés de blanc
et j'envoie mes oiseaux
ausculter les cimaises.
oiseau,
mon messager
au creux secret des arbres.
oiseau
étoile mobile
qui incendie les neiges.
j'attends
- le ciel descend
sur les dents de la ville
j'attends -
et l'ombre emballe
les maisons engourdies.
quand saignera sur nous
le feu coulant
du jour ?
je tisonne,
dans l'attente,
les cendres
d'un été mort.
Tahar Djaout est un écrivain et poète algérien d'origine kabyles et d'expression française, né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d'Azeffoun. En 1993 il fut l'un des premiers intellectuels algériens assassinés.
En 1970 sa nouvelle Les insoumis reçoit une mention au Concours littéraire "Zone des tempêtes". Il achève ses études l'année suivante au Lycée Okba d’Alger et obtient en 1974 une licence de mathématiques à l’Université d’Alger, où il s’est lié avec le poète Hamid Tibouchi. Djaout écrit ses premières critiques dans le quotidien El Moudjahid, collabore régulièrement en 1976 et 1977 au supplément El Moudjahid Culturel puis, libéré en 1979 de ses obligations militaires, reprend ses chroniques dans El Moudjahid.
Responsable de 1980 à 1984 de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualité, il y publie de nombreux articles sur les peintres (Baya, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Hamid Tibouchi) comme sur les écrivains algériens de langue française dont les noms et les œuvres se trouvent alors occultés, notamment Jean Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib, Jean Sénac, Bachir Hadj Ali, Messaour Boulanouar, Youcef Sebti, Abdelhamid Laghouati, Malek Alloula, Nabile Farès...
En 1985 Tahar Djaout reçoit une bourse pour poursuivre à Paris des études en Sciences de l’information. De retour à Alger en 1987, il reprend sa collaboration avec "Algérie-Actualité". Alors qu'il continue de travailler à mieux faire connaître les artistes algériens ou d'origine algérienne (par exemple Mohamed Aksouh, Choukri Mesli, Abderrahmane Ould Mohand ou Rachid Khimoune), les événements nationaux et internationaux le font bifurquer sur la voie des chroniques politiques.
Il quitte en 1992 Algérie-Actualité pour fonder avec quelques uns de ses anciens compagnons, notamment Arezki Metref et Abdelkrim Djaad, son propre hebdomadaire : le premier numéro de Ruptures, dont il devient le directeur, paraît le 16 janvier 1993.
Victime d'un attentat islamiste,le 26 mai 1993, alors que vient de paraître le n° 20 de son hebdomadaire et qu’il finalise le n° 22, Tahar Djaout meurt à Alger le 2 juin et repose dans son village natal d'Oulkhou.
Après sa disparition la BBC réalise sur lui un documentaire intitulé "Shooting the Writer", introduit par Salman Rushdie.