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Articles avec #poemes tag

Poème oublié... et toujours d'actualité

Publié le par fethiok

Vous, les pauvres,

Dites-moi

Si la vie

N'est pas une garce!

 

Ah! Dire que

Vous êtes les indispensables!...

 

Ouvriers, gens modestes

Pourquoi les gros

Vous étouffent-ils en leur graisse

Malsaine de profiteurs?

 

Ouvriers,

Les premiers à la tâche,

Les premiers au combat,

Les premiers au sacrifice,

Et les premiers dans la détresse...

 

Ouvriers,

Mes frères au front songeur,

Je voudrais tant

Mettre un juste laurier,

 

A vos gloires posthumes

De sacrifiés.

- La grosse machine humaine

A beuglé sur leurs têtes,

Et vente à leurs oreilles

Le soupir gémissant des perclus !...

 

Au foyer ingrat

D’une infernale société,

Vous rentrez exténués,

Sans un réconfort

 

Pour vos cœurs de « bétail pensif »…

Et vos bras,

Vos bras sains et lourds de sueur,

Vos bras portent le calvaire

De vos existences de renoncement !

         Soliloque 1946

 Kateb YACINE (Constantine 1929-Grenoble 1989)

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Onze haï-kaïs de Paul Éluard

Publié le par fethiok

I

A moitié petite,
La petite
Montée sur un banc.


II

Le vent
Hésitant
Roule une cigarette d'air.


III

Palissade peinte
Les arbres verts sont tout rosés
Voilà ma saison.


IV

Le cœur à ce qu'elle chante
Elle fait fondre la neige
La nourrice des oiseaux.


V

Paysage de paradis
Nul ne sait que je rougis
Au contact d'un homme, la nuit.



VI

La muette parle
C'est l'imperfection de l'art
Ce langage obscur.


VII

L'automobile est vraiment lancée
Quatre têtes de martyrs
Roulent sous les roues.


VIII

Roues des routes,
Roues fil à fil déliées,
Usées.


IX

Ah ! mille flammes, un feu, la lumière,
Une ombre!
Le soleil me suit.


X

Femme sans chanteur,
Vêtements noirs, maisons grises,
L'amour sort le soir.


XI

Une plume donne au chapeau
Un air de légèreté
La cheminée fume.


Paul Éluard(1895-1952)
DSCF4129

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La différence

Publié le par fethiok

Pour chacun une bouche deux yeux

deux mains deux jambes

 

Rien ne ressemble plus à un homme

qu’un autre homme

 

Alors

entre la bouche qui blesse

et la bouche qui console

 

entre les yeux qui condamnent

et les yeux qui éclairent

 

entre les mains qui donnent

et les mains qui dépouillent

 

entre le pas sans trace

et les pas qui nous guident

 

où est la différence

la mystérieuse différence ?

Jean
-Pierre Siméon (1950-....)

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Nuit de neige.

Publié le par fethiok

DSCF4104

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.


Guy de MAUPASSANT   (1850-1893)

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Autobiographie

Publié le par fethiok

Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu dans ma ville natale
Je n'aime pas les retours.
A l'âge de trois ans à Alep, je fis profession de petit-fils de pacha,
à dix-neuf ans, d'étudiant à l'université communiste de Moscou
à quarante-neuf ans à Moscou, d'invité du Comité central,
et depuis ma quatorzième année, j'exerce le métier de poète

Il y a des gens qui connaissent les divers variétés de poissons
moi celle des séparations.
Il y a des gens qui peuvent citer par coeur le nom des étoiles,
moi ceux des nostalgies.

J'ai été locataire et des prisons et des grands hôtels,
J'ai connu la faim et aussi la grève de la faim et il n'est pas
de mets dont j'ignore le goût.
Quand j'ai atteint trente ans on a voulu me pendre,
à ma quarante-huitième année on a voulu me donner le Prix
mondial de la paix
et on me l'a donné.
Au cours de ma trente-sixième année, j'ai parcouru en six mois
quatre mètres carrés de béton,
Dans ma cinquante-neuvième année j'ai volé de Prague à la Havane en dix-huit heures.
Je n'ai pas vu Lénine, mais j'ai monté la garde près de son catafalque en 1924,
En 1961 le mausolée que je visite ce sont ses livres.

On s'est efforcé de me détacher de son parti
çà n'a pas marché
Je n'ai pas été écrasé sous les idoles qui tombent.

En 1951 sur une mer, en compagnie d'un camarade, j'ai marché vers la mort
En 1952, le coeur fêlé, j'ai attendu la mort quatre mois allongé sur le dos.

J'ai été fou de jalousie des femmes que j'ai aimées.
Je n'ai même pas envié Charlot pour un iota.
J'ai trompé mes femmes
Mais je n'ai jamais médit derrière le dos de mes amis.

J'ai bu sans devenir ivrogne,
par bonheur, j'ai toujours gagné mon pain à la sueur de mon front.
Si j'ai menti c'est qu'il m'est arrivé d'avoir honte pour autrui,
J'ai menti pour ne pas peiner un autre,
Mais j'ai aussi menti sans raison.

J'ai pris le train, l'avion, l'automobile,
la plupart des gens ne peuvent les prendre.
Je suis allé à l'opéra
la plupart des gens ne peuvent y aller et en ignorent même le nom,
Mais là où vont la plupart des gens, je n'y suis pas allé depuis 1921 :
à la mosquée, à l'église, à la synagogue, au temple, chez le sorcier,
mais j'ai lu quelquefois dans le marc de café.

On m'imprime dans trente ou quarante langues
mais en Turquie je suis interdit dans ma propre langue.

Je n'ai pas eu de cancer jusqu'à présent,
On n'est pas obligé de l'avoir
je ne serai pas Premier ministre, etc.
et je n'ai aucun penchant pour ce genre d'occupation.

Je n'ai pas fait la guerre,
Je ne suis pas descendu la nuit dans les abris,
Je n'étais pas sur les routes d'exode
sous les avions volant en rase-mottes,
mais à l'approche de la soixantaine je suis tombé amoureux.
En bref camarade,
aujourd'hui à Berlin, crevant de nostalgie comme un chien,
je ne puis dire que j'ai vécu comme un homme
mais le temps qu'il me reste à vivre,
et ce qui pourra m'arriver
qui le sait ?


                       Nazim HIKMET (1902-1963)


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Les corbeaux

Publié le par fethiok


Les noirs corbeaux au noir plumage,
Que chassa le vent automnal,
Revenus de leur long voyage,
Croassent dans le ciel vernal.

Les taillis, les buissons moroses
Attendent leurs joyeux oiseaux :
Mais, au lieu des gais virtuoses,
Arrivent premiers les corbeaux.

Pour charmer le bois qui s'ennuie,
Ces dilettantes sans rival,
Ce soir, par la neige et la pluie,
Donneront un grand festival.

Les rêveurs, dont l'extase est brève,
Attendent des vols d'oiseaux d'or ;
Mais, au lieu des oiseaux du rêve,
Arrive le sombre condor.

Mars pleure avant de nous sourire.
La grêle tombe en plein été.
L'homme, né pour les deuils, soupire
Et pleure avant d'avoir chanté.

Nérée BEAUCHEMIN   (1850-1931)

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Les rayons de novembre

Publié le par fethiok

 
De grands nuages gris estompent l’horizon ;
Le soleil jette à peine un regard à la terre ;
Les feuilles et les fleurs roulent sur le gazon,
Et le torrent gonflé gronde comme un tonnerre.

Adieu le soir serein ! adieu le matin clair !
Adieu le frais ombrage ! adieu les folles courses !
Adieu les voix d’oiseaux qui se croisent dans l’air !
Adieu le gazouillis des buissons et des sources !

Plus de gais moissonneurs attroupés dans les blés !
Plus d’amoureux rêveurs assis sous les tonnelles !
Plus de concerts la nuit sur les flots étoilés !
Dans les prés et les bois plus de parfums, plus d’ailes !

Mais parfois le soleil, déchirant les brouillards,
Verse des lueurs d’or sur les eaux et les chaumes...
Et nous croyons ouïr les oiseaux babillards,
Nous respirons partout de sauvages arômes.

L’arbre nu nous paraît se rhabiller de vert :
Le vent attiédi joue avec ses rameaux souples ;
Et dans le creux du val, de feuilles recouvert,
Il nous semble encor voir errer de joyeux couples.
 
Ainsi que la saison des fleurs et des amours,
Se sont évanouis mes rêves de jeunesse ;
Un nuage a passé tout à coup sur mes jours,
Dérobant un soleil qui me versait l’ivresse.

Cependant quelquefois à travers mon ciel noir
Un reflet radieux glisse à mon front morose...
Alors dans le passé lumineux je crois voir
De mes bonheurs enfuis flotter l’image rose.

Et puis devant mes yeux rayonne l’avenir ;
L’espérance renaît dans mon âme ravie...
Et le rayon qui brille un instant sur ma vie,
C’est celui que le cœur nomme le souvenir.


William Chapman(1850-1917)


































5 novembre                                                                                                    29 novembre

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Airvault

Publié le par fethiok


Tous les ponts du monde, des plus anciens aux plus récents, comme celui sur lequel, voyageur,
tu es en train de passer, ont un trait commun : ils vibrent.
Si tu arrêtes ta voiture, que tu en descends
et appuies ta joue sur le parapet,
tu en percevras parfaitement le tremblement.
Parmi l'infinité des types de construction,
le pont représente celui où l'homme a transmis
une partie de son trouble, ses angoisses, ses espoirs,
sa terreur et ses rêves.

Ismail Kadaré  (1936-....)

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Liberté

Publié le par fethiok

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Éluard (1895-1952)



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L'infini

Publié le par fethiok




Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l'extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s'en faut
que le cœur ne s'épouvante.
Et comme j'entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m'est doux dans cette mer.

Giacomo Leopardi (1798-1837)

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