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Articles avec #poemes tag

Les enfants ألْآولآدْ

Publié le par fethiok

Chapitre III


 

LES ENFANTS

 

 

Et une femme qui tenait un bébé contre son sein dit, Parlez-nous des Enfants.

Et il dit :

Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie.

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.

Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes.

Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image.

Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes.

L'Archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin.

Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie.Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime également l'arc qui est stable.

 

 

Khalil GIBRAN

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Le mariage اّلزّواجْ

Publié le par fethiok


Chapitre II

 

LE MARIAGE

 


Alors Almitra parla à nouveau et dit, Et qu'en est-il du Mariage, maître ?

Et il répondit en disant :

Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours.

Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours.

Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu.

Mais laissez l'espace entrer au sein de votre union.

Et que les vents du ciel dansent entre vous.

Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne.

Laissez le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.

Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même coupe.

Donnez à l'autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.

Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.

De même que les cordes du luth sont seules pendant qu'elles vibrent de la même harmonie.

Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l'un de l'autre.

Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.

Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :

Car les piliers du temple se tiennent à distance,

Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre.

                                                  Gibran Khalil

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Khalil Gibran

Publié le par fethiok

  

1883 Naissance le 6 janvier à Bcharré, au Liban, alors sous domination ottomane et faisant partie de la grande Syrie. Il est baptisé dans la religion chrétienne maronite dont était issue sa mère.

1894 Son père est emprisonné car incapable de gérer son patrimoine. (à cause de soupçons de fraude fiscale (il collectait l'impôt sur les chèvres.)

1895 Khalil Gibran émigre aux États-Unis avec sa famille qui s'établit à Boston, alors que le père reste seul au Liban.

1897 Retour au Liban, à Beyrouth, pour suivre les cours de l'école de Sagesse Madrasat-al-Hikmat.

1901 Il voyage en Grèce, en Italie et en Espagne et arrive à Paris où pendant deux années il étudie la peinture et achève son livre Les Esprits Rebelles.

1903 Gibran est rappelé à Boston où décèdent sa mère, son frère et une de ses soeurs de la tuberculose. Il entame une version anglaise du Prophète, dont il avait déjà esquissé les grandes lignes en arabe dès l'âge de quinze ans et qu'il travaillera jusqu'en 1923.

1904 Il rencontre Mary Haskell, avec qui il entretient une relation très dense toute sa vie durant, entre amour platonique et artistique.

1905 Publication de son premier livre en arabe : la musique (Nubthah fi Fan Al-Musiqa).

1908 Il séjourne deux ans à Paris et étudie à l'Académie des Beaux-arts ; il rencontre de nombreux artistes : Rodin, Debussy, Maeterlinck, Rostand.

1910 Gibran se fixe à New York.

1923 Publication et succès immédiat de son œuvre : Le Prophète.

1928 Suite à des problèmes de santé, il cherche refuge dans l'alcool, ce qui aggravera son état peu à peu.

1931 Mort le 10 Avril dans un hôpital de New York, d'un cancer du foie. Son corps est rapatrié comme il l'avait demandé dans le monastère Mar Sarkis, non loin de
Bcharré.



 Des extraites de son livre "Le Prophète"
 Chapitre I

 

L AMOUR

 

Alors Almitra dit, Parle-nous de l'Amour.

Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s'étendit sur eux. Et d'une voix forte il dit :

Quand l'amour vous fait signe, suivez le.

Bien que ses voies soient dures et rudes.

Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.

Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.

Et quand il vous parle, croyez en lui.

Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.

Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu'il vous fait croître, il vous élague.

De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,

Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.

Il vous broie jusqu'à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.

Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.

Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.

Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,

Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.

L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.

L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.

Car l'amour suffit à l'amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, "Dieu est dans mon cœur", mais plutôt, "Je suis dans le cœur de Dieu".

Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.

L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.

Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :

Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Connaître la douleur de trop de tendresse.

Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour ;

Et en saigner volontiers et dans la joie.

Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour ;

Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour ;

Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;

Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

 

 

                                                       خّليِل جِبراّنْ

 

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Familiale

Publié le par fethiok

La mère fait du tricot
Le fils fait la guerre
Elle trouve ça tout naturel la mère
Et le père qu'est-ce qu'il fait le père?
Il fait des affaires
Sa femme fait du tricot
Son fils la guerre
Lui des affaires
Il trouve ça tout naturel le père
Et le fils et le fils
Qu'est-ce qu'il trouve le fils?
Il ne trouve absolument rien le fils
Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre
Quand il aura fini la guerre
Il fera des affaires avec son père
La guerre continue la mère continue elle tricote
Le père continue il fait des affaires
Le fils est tué il ne continue plus
Le père et la mère vont au cimetière
Ils trouvent ça naturel le père et la mère
La vie continue la vie avec le tricot la guerre les affaires
Les affaires la guerre le tricot la guerre
Les affaires les affaires et les affaires
La vie avec le cimetière.

 

Jacques Prévert(1900-1977)



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Le muguet

Publié le par fethiok

 

muguetetrose

Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !

Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Les yeux brillants, l’âme légère,
Les fillettes s’en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

 

 

Maurice CARÊME (1899-1978)

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Les séparés

Publié le par fethiok

N'écris pas - Je suis triste, et je voudrais m'éteindre
Les beaux été sans toi, c'est la nuit sans flambeau
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau
N'écris pas !

 

N'écris pas - N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes
Ne demande qu'à Dieu ... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais
N'écris pas !

 

N'écris pas - Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire
Une chère écriture est un portrait vivant
N'écris pas !

 

N'écris pas ces mots doux que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Et que je les voix brûler à travers ton sourire;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur
N'écris pas !

 

Marceline Desbordes-Valmore, (Douai 1786 -Paris 1859)

 

 

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Avril

Publié le par fethiok

 

Déjà les beaux jours, la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ;
Et rien de vert : à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

 

 

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

 

Gérard de Nerval
(1808 - 1855)

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Printemps

Publié le par fethiok

 

Tout est lumière, tout est joie.

L'araignée au pied diligent

Attache aux tulipes de soie

Les rondes dentelles d'argent.

La frissonnante libellule

Mire les globes de ses yeux

Dans l'étang splendide où pullule

Tout un monde mystérieux.

La rose semble, rajeunie,

S'accoupler au bouton vermeil

L'oiseau chante plein d'harmonie

Dans les rameaux pleins de soleil.

Sous les bois, où tout bruit s'émousse,

Le faon craintif joue en rêvant :

Dans les verts écrins de la mousse,

Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle

Comme un joyeux convalescent;

Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale

D'où la douceur du ciel descend !

Tout vit et se pose avec grâce,

Le rayon sur le seuil ouvert,

L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,

Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure;

Le bois jase ; l'herbe fleurit.

- Homme ! ne crains rien ! la nature

Sait le grand secret, et sourit.

    Victor HUGO

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Quand Reverrai-je Hélas

Publié le par fethiok

« J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta
C’est à douter d’un souvenir et l’Algérie
Me dit dans un regard que mes yeux m’ont menti
Et rien d’autre mon cœur que cette rêverie
Au bastingage lourd d’un bateau qui partit

Suis-je né dans l’exil et dans mon habitude
A chercher au métro le couloir étranger
Suis-je le prisonnier de cette servitude
Qui nous fait dire blanc dés lors qu’il a neigé

Mon cœur est un touriste aux étapes d’ennui
Je ne visite rien qu’un souvenir qui râle
Hôtel tout n’est qu’hôtel pour allonger la nuit
Ah ! la fiche à remplir testament des escales

Je connais sous les ponts à l’écoute du fleuve
L’impassible dialogue et les mornes questions
Que se pose un maudit à qui manque la preuve
Qu’il est juste pour lui de dormir sous un pont

Verrai-je un nouvel an aux couleurs de cerise
La rue blonde au pavé d’un jour du mois de mai
Et vers le Djebel Ouach quand bavarde la brise
Tous ces rêves noyés d’un lac aux yeux fermés

J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens  effréné qu'on appelle Cirta."

Malek HADDAD(1927-1978)

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Mars

Publié le par fethiok

 
L'interminable hiver tente un dernier effort,
Pour enfouir la terre et refroidir l'espace :
Sous le souffle effréné de l'ouragan du nord
De plus en plus la neige en tourbillons s'entasse.
 
Et cette blanche mer déferle dans le vent
Par-dessus les taillis aux branches dénudées.
Les chars dans les ravins comblés bloquent souvent
Sous l'amoncellement continu des bordées.
 
L'air glacial est lourd de morbides vapeurs.
Nous sortons peu. Le soir près du feu nous rassemble ;
Et les vieux dolemment racontent là des peurs
Qui font frémir l'enfant, blêmir l'aïeul qui tremble.
 
La cruelle saison sème au hasard les deuils.
Pour les hôtes des bois partout se cache un piège,
Et le braconnier traque orignaux et chevreuils
Aveuglés du grésil, empêtrés de la neige.
 
Tout souffre, hommes, bétail, tout pleure, arbres, échos.
Dans son grenier gémit le pauvre, maigre et pâle,
Et l'on croit par moment entendre ses sanglots
À  travers les cents bruits de la brise qui râle.
 
L'aurore ne luit plus sur les monts sourcilleux.
Rien ne fait pressentir la fin des jours livides.
Et si parfois un coin d'azur émerge aux cieux,
L'hiver croule à flots plus drus sur les Laurentides.
 
Mais de même qu'après le déluge, un matin,
L'arc-en-ciel rayonna dans sa splendeur première,
Le clair soleil pascal, qu'on croyait presque éteint,
Demain va tout dorer de sa blonde lumière.

            

    William Chapman( 1850 -1917)

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