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Articles avec #poemes tag

Malek HADDAD

Publié le par fethiok

Alors, toi tu demandes :

un ennemi qu’est-ce donc ?

Un ennemi c’est un monsieur qui a deux bras et

deux jambes comme toi, mais qui croit au printemps

que lorsqu’il est inscrit au calendrier.

Cette totalité de l’homme dans un drapeau,

dans une orange, dans un automne tiède,

comme un sein de femme bien aimée,

dans tous les gars du monde

qui se donneront la main

quand ils ne seront plus manchots :

Cette totalité de l’homme tu l’atteindras en

farfouillant tous les recoins de ton malheur,

Promènes-toi au Sahara

promène ton Sahara.

Fais-en une morale comme une rose des sables.

Fais-en quelque chose qui suit une morale

et une rose.


Né le 5 juillet 1927 à Constantine; mort le 2 juin 1978 à Alger. Études primaires et secondaires. Bref passage dans l'enseignement. En 1954, fait des études de droit à Aix-en-Provence. Voyage, puis collabore à des revues et hebdomadaires. Tentative de travail en Camargue, puis Paris, radiodiffusion. Effectue des missions pour le F.L.N. en U.R.S.S., en Égypte et en Inde. Après 1962, dirige, à Constantine, la page culturelle d'An-Nasr (1965-1968). D'avril 1968 à août 1972, directeur de la culture au ministère de l'Information et de la Culture. S'occupe du premier colloque culturel national (31 mai-3 juin 1968) et du pre*mier festival panafricain en 1969. En juillet 1972, est conseiller technique chargé des études et recherches dans la production culturelle en fran*çais. Après l'indépendance, a décidé d'arrêter d'écrire puisque le français, qu'il utilisait, le sépa*rait de ses « vrais » lecteurs. Une entorse en 1967 un poème pour la Palestine. Quelques articles. Le Malheur en danger (poèmes; Paris, la Nef, 1956) ; La Dernière Impression (roman; Julliard, 1958) ; Je t'offrirai une gazelle, (roman; Julliard, 1959) ; L'Élève et la leçon (roman; Julliard, 1960) ;Le Quai aux fleurs ne répond plus (roman; Julliard, 1961) ; Écoute et je t'appelle (poèmes; Maspero, 1961, précédés de « Les zéros tournent en rond », essai).

                                                  مالك حداد

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Rayons d'octobre

Publié le par fethiok

Octobre glorieux sourit à la nature.
On dirait que l'été ranime les buissons.
Un vent frais, que l'odeur des bois fanés sature,
Sur l'herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.

Le nuage a semé les horizons moroses,
De ses flocons d'argent. Sur la marge des prés,
Les derniers fruits d'automne, aux reflets verts et roses,
Reluisent à travers les rameaux diaprés.

Forêt verte qui passe aux tons chauds de l'orange ;
Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ;
Monts aux gradins baignés d'une lumière étrange.
Quel tableau ! quel brillant paysage automnal !

À mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée,
Avec son toit pointu festonné de houblons,
Paraît toute rieuse et comme émerveillée
De ses éteules roux et de ses chaumes blonds.

Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie,
L'aïeul sur le perron familier vient s'asseoir :
D'un regain de chaleur sa chair est réjouie
,
Dans l'hiver du vieillard, il fait moins froid, moins noir.

Calme et doux, soupirant vers un lointain automne,
Il boit la vie avec l'air des champs et des bois,
Et cet étincelant renouveau qui l'étonne
Lui souffle au coeur l'amour des tendres autrefois.

De ses pieds délicats pressant l'escarpolette,
Un jeune enfant s'enivre au bercement rythmé,
Semblable en gentillesse à la fleur violette
Que l'arbuste balance au tiède vent de mai.

Près d'un vieux pont de bois écroulé sur la berge,
Une troupe enfantine au rire pur et clair,
Guette, sur les galets qu'un flot dormant submerge,
La sarcelle stridente et preste qui fend l'air.

Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle,
Les lavandières vont avec les moissonneurs ;
Sous ce firmament pâle éclate de plus belle
Le charme printanier des couples ricaneurs.

Et tandis que bruit leur babillage tendre,
On les voit déroulant la chaîne de métal

Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre
La seille d'où ruisselle une onde de cristal.


Nérée Beauchemin (1850-1931)(Québec)

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“Les Bons Usages d’un bureaucrate”

Publié le par fethiok





“Quand il n’y a plus d’idées/il reste toujours les mots

et les morts qui sont des héros/et qui servent de noms de rues

de clairons, d’alibi, d’oubli […]

Dans son bureau climatisé/le bureaucrate dont la chair croît

rêve à la guerre des frontières/et s’étonne en contemplant la baie d’Alger

qu’il fasse si beau si froid/et que son cœur se traîne ventre en l’air

il ne sait où/Peut-être au milieu des requins/rouges et pleins

qui croisent dans la rue de la Révolution ?

Dans le désert des croque-morts/le bureaucrate soupire et plonge

la main dans sa poche/Il en tire son mouchoir et son cœur

s’éponge et le croque/comme une idée juste/comme une noix/à garder pour soi”

Anna GREKI (Batna 1931-Alger1966)

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"Automne malade"

Publié le par fethiok

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille


Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

Guillaume Apollinaire (1880-1918)

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Fable africaine à La Fontaine

Publié le par fethiok

 
Une fermière du Rwanda,


       Qui était Hutu de surcroît,
   Quitta sa case et sa smala
     Pour le marché de Kampala.
     Elle voulait honorer sa tribu
                     D'un beau chapon gras et dodu..    
           

 

 

 

                  Mais elle était peu fortunée,
      Et le marchand Tutsi, rusé,
   Refusa de baisser le prix
     Du chapon par elle choisi..
                
Me le donnerais-tu,
Dit la cliente Hutu,
Contre une gâterie
   Sur ton beau bengali ?
                   
A voir, dit le vendeur,
                      De cette gâterie quelle serait la valeur ?
    Vaudrait-elle un chapon ?
                    Il m'en faudrait la preuve pour de bon.
              
                            Aussitôt la bougresse s'enfouit sous le boubou,
                  Et vite fait jaillir la sève du bambou.
                          J'ai gagné le chapon, s'exclame l'innocente,
                            à bouche encore pleine du produit de la vente.
                 
                   Que nenni lui répond le volailler acerbe.
                          Tout comme la figure, le chapon tu as perdu,

                                                               Car comme le dit notre si beau proverbe :

 "Turlute Hutu, chapon point eu". 


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L'étranger

Publié le par fethiok

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

                                                                       Charles Baudelaire(1821-1867 )

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Vision

Publié le par fethiok

Lorsque la nuit fut noire,

Que le sommeil eût raison de ce qui est,

Je quittai mon lit

Et me dirigeai vers la mer,

Car elle ne dort jamais,

Elle console les esprits qui veillent.

 

J'atteignis la plage tandis que la brume descendait de la montagne et voilait la plaine.

Au bout d'un moment, je remarquai trois fantômes assis sur un rocher.

Attiré par une force mystérieuse, je me dirigeai vers eux.

A quelques pas, je m'arrêtai, l'âme et l'esprit en émoi.

 

Un fantôme se leva, et, d'une voix profonde, déclara :

La vie sans amour est un arbre sans fleur,

L'amour sans beauté est une fleur sans parfum,

La Vie, l'Amour et la Beauté sont une trinité divine, formant une unité indivisible et constante.

 

Il se rassit, et le deuxième fantôme prit la parole d'une voix limpide :

La vie sans révolte est comme les saisons sans printemps,

La révolte sans justice est comme le printemps sans fleur,

La Vie, la Révolte et la Justice sont une trinité divine, une unité indivisible et constante.

 

Il reprit sa place, puis le troisième fantôme déclama d'une voix tonnante :

La vie sans liberté est un corps sans âme,

La liberté sans esprit est une âme embrouillée,

La Vie, la Liberté et l'Esprit sont une trinité divine, formant une unité indivisible et constante.

 

Le silence se fit, suivi d'un bruissement d'ailes,

Et puis plus rien.

Même sur le rocher, il n'y avait plus personne.

    Khalil Gibran(1883-1931)


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Rita :Mahmoud Darwich/Marcel Khalife

Publié le par fethiok



Entre Rita et mes yeux : un fusil
Et celui qui connaît Rita se prosterne
Adresse une prière
A la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel

Moi, j’ai embrassé Rita
Quand elle était petite
Je me rappelle comment elle se colla contre moi
Et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
Je me rappelle Rita
Ainsi qu’un moineau se rappelle son étang
Ah Rita
Entre nous, mille oiseaux mille images
D’innombrables rendez-vous
Criblés de balles.

Le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
Dans mon sang le corps de Rita était célébration de noces
Deux ans durant, elle a dormi sur mon bras
Nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
Et nous brulâmes
Dans le vin des lèvres
Et ressuscitâmes

Ah Rita
Qu’est-ce qui a pu éloigner mes yeux des tiens
Hormis le sommeil
Et les nuages de miel
Avant que ce fusil ne s’interpose entre nous

Il était une fois
Ô silence du crépuscule
Au matin, ma lune a émigré, loin
Dans les yeux couleur de miel
La ville
A balayé tous les aèdes, et Rita
Entre Rita et mes yeux, un fusil.


Mahmoud Darwich (en arabe : محمود درويش), né le 13 mars 1941 à Al-Birwah en Galilée (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 août 2008 à Houston (Texas, États-Unis), est une des figures de proue de la poésie palestinienne.



Rita, fillette juive que Mahmoud Darwich a aiméé dans  sa premiere enfance

Des dixaines d'années plus tard le poète écrit ce poème. Le talentueux oudiste, Marcel Khalife le chante et ça donne cette merveille





الخميس 6 رمضان 1430


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MENAA DES AURÈS

Publié le par fethiok


Même en hiver le jour n'était qu'un verger doux
Quand le col du Guerza s'engorgeait sous la neige
Les grenades n'étaient alors que des fruits - seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c'était l'instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroèn.
Aucune des maisons n'avait besoin de portes
Puisque les visages s'ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n'existait pas puisque l'on y dormait.


C'était dans les Aurés
A Menaâ
Commune mixte Arris
Comme on dit dans la presse
Mon enfance et les délices


Naquirent là
A Menaâ - commune mixte Arris
Et mes passions après vingt ans
Sont les fruits de leurs prédilections
Du temps où les oiseaux tombés des nids
Tombaient aussi des mains de Nedjaï
Jusqu'au fond de mes yeux chaouias


Frileux comme un iris
Mon ami Nedjaï
Nu sous sa gandoura bleue
Courait dans le soir en camaïeu
Glissant sur les scorpions gris
De l'Oued El Abdi
Derrière les chacals brillants
Qui rient le cou ouvert.
Et dressé en angle aigu, lisse
Au haut de ses échasses
Il lançait pour voir clair
Jusqu'à la fin de l'espace
La lune au tire-boulettes.


Maintenant c'est la guerre aussi dans mon douar
Il a replié ses kilomètres de joie
Comme les ailes au dessus gris d'un papi1lon
Polymorphe et couve sous des gourbis zingueux
Tous les bonheurs en germe qui n'existent plus


Dehors -- pas plus que les vergers dont les soieries
sucrées rendaient le vent plus mielleux qu'une abeille
Pas plus que le bruit des pieds nus de Nedjaï
Sur les racines de mon enfance enfouies
Sous des sédiments de peur, de haine, de sang
Car c'est du sang qui bat dans l'Oued El Abdi
Et roule les scorpions gras comme des blessures
Qui seules survivraient des corps martyrisés.


C'est la guerre
Le ciel mousseux d'hélicoptères
Saute à la dynamite
La terre chaude jaillit et glisse
En coulée de miel
Le long des éclats de faïence bleue
Du ciel blanc
Les bruits d'hélices
Ont remplacé les bruits d'abeille



Les Aurés frémissent
Sous la caresse
Des postes émetteurs clandestins
Le souffle de la liberté
Se propageant par ondes électriques
Vibre comme le pelage orageux d'un fauve
Ivre d'un oxygène soudain
Et trouve le chemin de toutes les poitrines


Les bruits disparaissent
Dans la tiédeur de l'atmosphère et dans le temps
C'est la guerre muette
Derrière les portes de Batna
J'assiste sur l'écran de mon enfance
A un combat silencieux
Sur des images au ralenti


A la lumière de mon âge je l'avoue
Tout ce qui me touche en ce monde jusqu'à l'âme
Sort d'un massif peint en rose et blanc sur les cartes
Des livres de géographie du cours moyen
Et lui ressemble par je ne sais quelle joie liquide
Où toute mon enfance aurait déteint.
Tout ce que j`aime et ce que je fais à présent
A des racines là-bas
Au-delà du col du Guerza à Menaâ
Où mon premier ami je sais qu'il m'attendra
Puisqu'il a grandi dans la chair de mon coeur. Si
Le monde qui m'entoure a vieilli de vingt ans
Il garde dans sa peau mes amours chaouias.

(1958:Prison civile de Barberousse,Alger)

Anna GREKI(1931-1966)



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Le Terme épars

Publié le par fethiok

Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.


Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.


Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.


La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s'exhausse, sentiers sans miettes.


Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer. Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.


Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son coeur.


L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.


Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.


Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre. L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.
Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute et le dit du présent. Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant.


René CHAR(1907-1988)

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