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Omar Ibn Ibrahim El Khayyâm (7)

Publié le par fethiok

XCVIII


Si tu savais comme je m'intéresse peu aux quatre éléments de la nature et aux cinq facultés de l'homme ! Certains philosophes grecs, dis-tu, pouvaient proposer cent énigmes à leurs auditeurs ? Mon indifférence là-dessus est totale. Apporte du vin, joue du luth et que ses modulations me rappellent celles de la brise, qui passe comme nous !

XCIX


Quand l'ombre de la Mort s'allongera vers moi, quand la gerbe de mes jours sera liée, je vous appellerai, et vous m'emporterez, ô mes amis! Lorsque je serai devenu poussière, vous façonnerez, avec mes cendres, une urne que vous remplirez de vin. Peut-être, alors, me verrez-vous revivre.

C


Je ne me préoccupe pas de savoir où je pourrais acheter le manteau de la Ruse et du Mensonge, mais je suis toujours à la recherche de bon vin. Ma chevelure est blanche. J'ai soixante-dix ans. Je saisis l'occasion d'être heureux aujourd'hui, car, demain, je n'en aurai peut-être plus la force.

CI


Que sont devenus tous nos amis ? La Mort les a-t-elle renversés et piétinés? Que sont devenus tous nos amis ? J'entends encore leurs chansons dans la taverne... Sont-ils morts, ou sont-ils ivres d'avoir vécu ?

CII


Quand je ne serai plus, il n'y aura plus de roses, de cyprès, de lèvres rouges et de vin parfumé. Il n'y aura plus d'aubes et de crépuscules, de joies et de peines. L'univers n'existera plus, puisque sa réalité dépend de notre pensée.

CIII


Voici la seule vérité. Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d'échecs jouée par Allah. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance, un à un, dans la boîte du néant.

CIV


La voûte du ciel ressemble à une tasse renversée sous laquelle errent en vain les sages. Que ton amour pour ta bien-aimée soit pareil à celui de l'urne pour la coupe. Vois... Lèvre à lèvre, elles se donnent leur sang.

CV


Les savants ne t'apprendront rien, mais la caresse des longs cils d'une femme te révélera le bonheur. N'oublie pas que tes jours sont comptés et que tu seras bientôt la proie de la terre. Achète du vin, emporte-le à l'écart, puis laisse-le te consoler.

CVI


Il te versera sa chaleur. Il te délivrera des neiges du passé et des brumes de l'avenir. Il t'inondera de lumière. Il brisera tes chaînes de prisonnier.

CVII


Autrefois, quand je fréquentais les mosquées, je n'y prononçais aucune prière, mais j'en revenais riche d'espoir. Je vais toujours m'asseoir dans les mosquées, où l'ombre est propice au sommeil.

CVIII


Sur la Terre, bariolée, chemine quelqu'un qui n'est ni musulman, ni infidèle, ni riche, ni pauvre. Il ne révère ni Allah, ni les lois. Il ne croit pas à la vérité. Il n'affirme jamais rien. Sur la Terre bariolée, quel est cet homme brave et triste ?

CIX


Avant de pouvoir caresser un visage pareil à une rose, que d'épines tu as à retirer de ta chair ! Vois ce peigne. C'était un morceau de bois. Quand on l'a découpé, quel supplice il a subi ! Mais, il a plongé dans la chevelure parfumée d'un adolescent.

CX


Quand la brise du matin entr'ouvre les roses et leur chuchote que les violettes ont déjà déplié leurs robes, seul est digne de vivre celui qui regarde dormir une souple jeune Elle, saisit sa coupe, la vide, puis la jette.

CXI


Tu appréhendes ce qui peut t'arriver demain ? Sois confiant, sinon l'infortune ne manquerait pas de justifier tes craintes. Ne t'attache à rien, ne questionne ni livres ni gens, car notre destinée est insondable.

CXII


Seigneur, Ô Seigneur, réponds-nous ! Tu nous as donné des yeux, et tu as permis que la beauté de tes créatures nous éblouisse... Tu nous as donné la faculté d'être heureux, et tu voudrais que nous renoncions à jouir des biens de ce monde ? Mais cela nous est aussi impossible que de renverser une coupe sans répandre le vin qu'elle contient !

CXIII


Dans une taverne, je demandais à un vieux sage de me renseigner sur ceux qui sont partis. Il m'a répondu : "Ils ne reviendront pas. C'est tout ce que je sais. Bois du vin !"

CXIV


Regarde ! Écoute ! Une rose tremble dans la brise. Un rossignol lui chante un hymne passionné. Un nuage s'est arrêté. Buvons du vin! Oublions que cette brise effeuillera la rose, emportera le chant du rossignol et ce nuage qui nous donne une ombre si précieuse.

CXV


Cette voûte céleste sous laquelle nous errons, je la compare à une lanterne magique dont le soleil est la lampe. Et le monde est le rideau où passent nos images.

CXVI


Une rose disait : "Je suis la merveille de l'univers. Vraiment, un parfumeur aura-t-il le courage de me faire souffrir ?" Un rossignol chanta : "Un jour de bonheur prépare un an de larmes."

CXVII


Ce soir ou demain, tu ne seras plus. Il est temps que tu demandes du vin, couleur de rose. Insensé, te compares-tu à un trésor, et crois-tu que des voleurs méditent déjà d'ouvrir ton sépulcre et d'emporter ton cadavre ?

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Saliha 26/06/2011 01:24


Bonsoir Fethi.
Très beau texte.Bonne fin de semaine.


@lain 24/06/2011 14:43


Bonjour Fethi

Voilà mes problèmes d'internet et d'informatique sont réglés, je suis content !

J'espère que tu vas bien

Je te souhaite une excellente journée sous le soleil

Cordialement

@lain


Bruno 24/06/2011 12:12


Bonjour Féthi, un bien joli texte, j'apprécie. Amitiés, Bruno


Lucie 23/06/2011 19:30


Ce texte est dédié à Dieu, il est beau dans un partage de vrais chrétiens, c’est ce que je ressens ! En plus il est empreins d’une magie poétique qui me fait rêver, et ce soir j’en avais besoin !
Merci pour ce beau partage. Bonne soirée Fethi, a+


•-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-• 23/06/2011 17:05


merci pour ce texte
je te souhaite une douce journée

bisous créoles

•-~·*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*·~-•