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Omar Ibn Ibrahim El Khayyâm (6)

Publié le par fethiok

Du vin ! Du vin, en torrent ! Qu'il bondisse dans mes veines ! Qu'il bouillonne dans ma tête ! Des coupes... Ne parle plus ! Tout n'est que mensonge. Des coupes... Vite! J'ai déjà vieilli...

LXXX


Une telle odeur de vin émanera de ma tombe, que les passants en seront enivrés. Une telle sérénité entourera ma tombe, que les amants ne pourront s'en éloigner.

LXXXI


Dans le tourbillon de la vie, seuls sont heureux les hommes qui se croient savants et ceux qui ne cherchent pas à s'instruire. Je suis allé me pencher sur tous les secrets de l'univers, et j'ai regagné ma solitude en enviant les aveugles que je rencontrais.

LXXXII


On me dit : "Ne bois plus, Khayyâm !" Je réponds : "Quand j'ai bu, j'entends ce que disent les roses, les tulipes et les jasmins. J'entends, même, ce que ne peut me dire ma bien-aimée."

LXXXIII


À quoi réfléchis-tu, mon ami ? Tu penses à tes ancêtres ? Ils sont poussière dans la poussière. Tu penses à leurs mérites ? Regarde-moi sourire. Prends cette urne et buvons en écoutant sans inquiétude le grand silence de l'univers.

LXXXIV


L'aurore a comblé de roses la coupe du ciel. Dans l'air de cristal s'égoutte le chant du dernier rossignol. L'odeur du vin est plus légère. Dire qu'en ce moment des insensés rêvent de gloire, d'honneurs ! Que ta chevelure est soyeuse, ma bien-aimée !

LXXXV


Ami, ne fais aucun projet pour demain. Sais-tu, seulement, si tu pourras achever la phrase que tu vas commencer ? Demain, nous serons peut-être loin de ce caravansérail, et déjà pareils à ceux qui ont disparu, il y a sept mille ans.

LXXXVI


Ô rétiaire des cœurs, prends une urne et une coupe ! Allons nous asseoir au bord du ruisseau. Svelte adolescent au clair visage, je te contemple et je songe à l'urne et à la coupe que tu seras, un jour.

LXXXVII


Il y alongtemps que ma jeunesse est allée rejoindre tout ce qui est mort. Printemps de ma vie, tu es maintenant où sont les printemps passés. Ô ma jeunesse, tu es partie sans que je m'en aperçoive ! Tu es partie comme s'abolit, chaque jour, la douceur du printemps.

LXXXVIII


Ouvre-toi, mon frère, à tous les parfums, à toutes les couleurs, à toutes les musiques. Caresse toutes les femmes. Redis-toi que la vie est brève et que tu reviendras bientôt à la terre, serais-tu l'eau de Zemzem ou de Selsebil.

LXXXIX


Aspirer ici-bas à la paix : folie. Croire au repos éternel : folie. Après ta mort, ton sommeil sera bref, et tu renaîtras, dans une touffe d'herbe qui sera piétinée ou dans une fleur que le soleil flétrira.

XC


Je me demande ce que je possède vraiment. Je me demande ce qui subsistera de moi après ma mort. Notre vie est brève comme un incendie. Flammes que le passant oublie, cendres que le vent disperse: un homme a vécu.

XCI


Conviction et doute, erreur et vérité, ne sont que des mots aussi vides qu'une bulle d'air. Irisée ou terne, cette bulle est l'image de ta vie.

XCII


À la puissance de Kaï-Kaous, à la gloire de Kai-Kobad, aux richesses du Khorassan, je préfère une urne de vin. J'estime l'amant qui gémit de bonheur, et je méprise l'hypocrite qui murmure une prière.

XCIII


Écoute ce grand secret. Quand la première aurore illumina le monde, Adam n'était déjà qu'une douloureuse créature qui appelait la nuit, qui appelait la Mort.

XCIV


La lune du Ramazan vient d'apparaître. Demain, le soleil baignera une ville silencieuse. Les vins dormiront dans les urnes et les jeunes filles dans l'ombre des bosquets.

XCV


Je n'ai pas demandé de vivre. Je m'efforce d'accueillir sans étonnement et sans colère tout ce que la vie m'apporte. Je partirai sans avoir questionné personne sur mon étrange séjour sur cette terre.

XCVI


Ne laisse pas de cueillir tous les fruits de la vie. Cours vers tous les festins et choisis les plus grandes coupes. Ne crois pas qu'Allah tient compte de nos vices ou de nos vertus. Garde-toi de négliger ce qui peut te rendre heureux.

 

 

 

 

 

XCVII


Nuit. Silence. Immobilité d'une branche et de ma pensée. Une rose, image de ta splendeur éphémère, vient de laisser tomber un de ses pétales. Où es-tu, en ce moment, toi qui m'as tendu la coupe et que j'appelle encore? Sans doute, aucune rose ne s'effeuille près de celui que tu désaltères là-bas, et tu es privée du bonheur amer dont je sais t'enivrer.

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Michel 14/06/2011 23:32


Omar Khayam a été au programme des classes de CET en Algérie dans les années 70...


belbe 10/06/2011 15:45


me voici de retour,
un plaisir de retrouver tes articles


biker06 10/06/2011 06:37


Hello Fethi
C'est le jim Morrison de l'orient ! il parle souvent de la mort ... brrrr
@ + Pat


•-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-• 10/06/2011 00:37


un petit coucou

je te souhaite une très belle soirée

bisous créoles

•-~·*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*·~-•