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Omar Ibn Ibrahim El Khayyâm ( 3 )

Publié le par fethiok

XXII


Khayyâm, qui cousait les tentes de la Sagesse, tomba dans le brasier de la Douleur et fut réduit en cendre. L'ange Azraël a coupé les cordes de sa tente. La Mort a vendu sa gloire pour une chanson.

 

 

XXIII


Pourquoi t'affliges-tu, Khayyâm, d'avoir commis tant de fautes ! Ta tristesse est inutile. Après la mort, il y a le néant ou la Miséricorde.

 

 

XXIV


Dans les monastères, les synagogues et les mosquées se réfugient les faibles que l'Enfer épouvante. L'homme qui connaît la grandeur d'Allah ne sème pas dans son coeur les mauvaises graines de la terreur et de l'imploration.

 

 

XXV


Au printemps, je vais quelquefois m'asscoir à la lisière d'un champ fleuri. Lorsqu'une belle jeune fille m'apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut. Si j'avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu'un chien.

 

 

XXVI


Le vaste monde: un grain de poussière dans l'espace. Toute la science des hommes: des mots. Les peuples, les bêtes et les fleurs des sept climats: des ombres. Le résultat de ta méditation perpétuelle : rien.

 

 

XXVII


Admettons que tu aies résolu l'énigme de la création. Quel est ton destin ? Admettons que tu aies pu dépouiller de toutes ses robes la Vérité. Quel est ton destin ? Admettons que tu aies vécu cent ans, heureux, et que tu vives cent ans encore. Quel est ton destin ?

 

 

XXVIII


Pénètre-toi bien de ceci : un jour, ton âme tombera de ton corps, et tu seras poussé derrière le voile qui flotte entre l'univers et l'inconnaissable. En attendant, sois heureux ! Tu ne sais pas d'où tu viens. Tu ne sais pas où tu vas.

 

 

XVIX


Les savants et les sages les plus illustres ont cheminé dans les ténèbres de l'ignorance. Pourtant, ils étaient les flambeaux de leur époque. Ce qu'ils ont fait ? Ils ont prononcé quelques phrases confuses, et ils se sont endormis.

 

 

XXX


Mon coeur m'a dit : "Je veux savoir, je veux connaitre ! Instruis-moi, Khayyâm, toi qui as tant travaillé !" J'ai prononcé la première lettre de l'alphabet, et mon cœur m'a dit : "Maintenant, je sais. Un est le premier chiffre du nombre qui ne finit pas...

 

 

XXXI


Personne ne peut comprendre ce qui est mystérieux. Personne n'est capable de voir ce qui se cache sous les apparences. Toutes nos demeures sont provisoires, sauf notre dernière : la terre. Bois du vin ! Trêve de discours superflus !

 

 

XXXII


La vie n'est qu'un jeu monotone où tu es sûr de gagner deux lots: la douleur et la mort. Heureux, l'enfant qui a expiré le jour de sa naissance ! Plus heureux, celui qui n'est pas venu au monde !

 

 

XXXII


Ne cherche aucun ami dans cette foire que tu traverses. Ne cherche pas, non plus, un abri sûr. D'une âme ferme, accueille la douleur, et ne songe pas à te procurer un remède que tu ne trouveras pas. Dans l'infortune, souris. Ne demande à personne de te sourire. Tu perdrais ton temps.

 

 

XXXIV


La Roue tourne, insoucieuse des calculs des savants. Renonce à t'efforcer vainement de dénombrer les astres. Médite plutôt sur cette certitude : tu dois mourir, tu ne rêveras plus, et les vers de la tombe ou les chiens errants dévoreront ton cadavre.

 

 

XXXV


J'avais sommeil. La Sagesse me dit : "Les roses du Bonheur ne parfument jamais le sommeil. Au lieu de t'abandonner à ce frère de la Mort, bois du vin. Tu as l'éternité pour dormir."

 

 

XXXVI


Le créateur de l'univers et des étoiles s'est vraiment surpassé lorsqu'il a créé la douleur ! Lèvres pareilles au rubis, chevelures embaumées, combien êtes-vous dans la terre ?

 

 

XXXVII


Je ne peux apercevoir le Ciel. J'ai trop de larmes dans les yeux ! Les brasiers de l'Enfer ne sont qu'une infime étincelle, si je les compare aux flammes qui me dévorent. Le Paradis, pour moi, c'est un instant de paix.

 

 

XXXVIII


Sommeil sur la terre. Sommeil sous la terre. Sur la terre, sous la terre, des corps étendus. Néant partout. Désert du néant. Des hommes arrivent. D'autres s'en vont.

 

 

XXXIX


Vieux monde que traverse, au galop, le cheval blanc et noir du Jour et de la Nuit, tu es le triste palais où cent Djemchids ont rêvé de gloire, où cent Bahrâms ont rêvé d'amour, et se sont réveillés en pleurant.

 

 

XL


Le vent du sud a flétri la rose dont le rossignol chantait les louanges. Faut-il pleurer sur elle ou sur nous ? Quand la Mort aura flétri nos joues, d'autres roses s'épanouiront.

 

 

XLI


Oublie que tu devais être récompensé hier et que tu ne l'as pas été. Sois heureux. Ne regrette rien. N'attends rien. Ce qui doit t'arriver est écrit dans le Livre que feuillette, au hasard, le vent de l'Éternité.

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