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Omar Ibn Ibrahim El Khayyâm (10 et fin)

Publié le par fethiok

CLIII


Puisque notre sort, ici-bas, est de souffrir puis de mourir, ne devons-nous pas souhaiter de rendre le plus tôt possible à la terre notre corps misérable? Et notre âme, qu'Allah attend pour la juger selon ses mérites, dites-vous? Je vous répondrai là-dessus, quand j'aurai été renseigné par quelqu'un revenant de chez les morts.

CLIV


Derviche, dépouille-toi de cette robe peinte dont tu es si fier et que tu n'avais pas à ta naissance! Endosse le manteau de la Pauvreté. Les passants ne te salueront pas, mais tu entendras chanter dans ton coeur tous les séraphins du ciel.

CLV


Ivre ou altéré, je ne cherche qu'à dormir. J'ai renonce à savoir ce qui est bien, ce qui est mal. Pour moi, le bonheur et la douleur se ressemblent. Quand un bonheur m'arrive, je ne lui accorde qu'une petite place, car je sais qu'une douleur le suit.

CLVI


On ne peut incendier la mer, ni convaincre l'homme que le bonheur est dangereux. Il sait, pourtant, que le moindre choc est fatal à l'urne pleine et laisse intacte l'urne.

CLVII


Regarde autour de toi. Tu ne verras qu'afflictions, angoisses et désespoirs. Tes meilleurs amis sont morts. La tristesse est ta seule compagne. Mais, relève la tête ! Ouvre tes mains ! Saisis ce que tu désires et ce que tu peux atteindre. Le passé est un cadavre que tu dois enterrer.

CLVIII


Je regarde ce cavalier qui s'éloigne dans la brume du soir. Traversera-t-il des forêts ou des plaines incultes ? Où va-t-il ? Je ne sais. Demain, serai-je étendu sur la terre ou sous la terre ? Je ne sais.

CLIX


"Allah est grand!" Ce cri du moueddin ressemble à une immense plainte. Cinq fois par jour, est-ce la Terre qui gémit vers son créateur indifférent ?

CLX


Le Ramazan' est fini. Corps épuisés, âmes fanées, la joie revient! Les conteurs savent des histoires nouvelles. Les porteurs de vin, les marchands de rêves lancent leurs appels. Mais je n'entends pas celui qui me rendra la vie, celui de ma bien-aimée.

CLXI


Regarde ce ruisseau qui brille dans ce jardin. Comme moi, décide que tu vois le Kaouçar et que tu es dans le Paradis. Va chercher ton amie au visage de rose.

CLXII


Tu ne vois que les apparences des choses et des êtres. Tu te rends compte de ton ignorance, mais tu ne veux pas renoncer à aimer. Apprends qu'Allah nous a donné l'amour comme il a rendu certaines plantes vénéneuses.

CLXIII


Tu es malheureux? Ne pense pas à ta douleur, et tu ne souffriras pas. Si ta peine est trop violente, songe à tous les hommes qui ont souffert inutilement depuis la création du monde. Choisis une femme aux seins de neige, et garde-toi de l'aimer. Qu'elle soit, aussi, incapable de t'aimer.

CLXIV


Pauvre homme, tu ne sauras jamais rien. Tu n'élucideras jamais un seul des mystères qui nous entourent. Puisque les religions te promettent le Paradis, aie soin de t'en créer un sur cette terre, car l'autre n'existe peut-être pas.

CLXV


Lampes qui s'éteignent, espoirs qui s'allument. Aurore. Lampes qui s'allument, espoirs qui s'éteignent. Nuit.

CLXVI


Tous les royaumes pour une coupe de vin précieux ! Tous les livres et toute la science des hommes pour une suave odeur de vin ! Tous les hymnes d'amour pour la chanson du vin qui coule ! Toute la gloire de Féridoun pour ce chatoiement sur cette urne !

CLXVII


J'ai reçu le coup que j'attendais. Ma bien-aimée m'a abandonné. Quand je l'avais, il m'était facile de mépriser l'amour et d'exalter tous les renoncements. Près de ta bien-aimée, Khayyâm, comme tu étais seul ! Vois-tu, elle est partie pour que tu puis ses te réfugier en elle.

CLXVIII


Seigneur, tu as brisé ma joie! Seigneur, tu as élevé une muraille entre mon coeur et son coeur! Ma belle vendange, tu l'as piétinée. Je vais mourir, mais tu chancelles, enivré !

CLXIX


Silence, ma douleur ! Laisse-moi chercher un remède. Il faut que je vive, car les morts n'ont plus de mémoire. Et je veux revoir sans cesse ma bien-aimée !

CLXX


Luths, parfums et coupes, lèvres, chevelures et longs yeux, jouets que le Temps détruit, jouets ! Austérité, solitude et labeur, méditation, prière et renoncement, cendres que le Temps écrase, cendres !

 

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Serge 27/08/2011 17:52


"Puisque notre sort, ici-bas, est de souffrir puis de mourir, ne devons-nous pas souhaiter de rendre le plus tôt possible à la terre notre corps misérable?"

J'ai déjà dû te le dire, je ne crois pas le moins du monde en de tels préceptes, règles, dogmes de base des religions. Des mots pour faire passer la pilule de la souffrance, des mots pour mieux
justifier et soutenir une société hiérarchisée et profondément injuste...
Ma seule philosophie est la vie, sa vraie valeur, sa valeur unique et non pas l'attente de la mort qui n'est rien, elle. Rien.


Belbe 19/08/2011 17:13


génial cet effet


Sabine 19/08/2011 11:42


J'aime toutes ces pensées que tu mets, féthi, même si je ne suis pas toujours d'accord et cela fait magiquement partie de l'échange et du "vrai" partage !
Par exemple, je crois éperdument en "l'âme de nos êtres chers disparus" ! Mon fils s'est envolé vers les cieux en 2008 et je ressens intensément sa présence à chaque instant ...
J'aime beaucoup la pensée CLIV car l'humilité est une vraie richesse spirituelle !
Quant à la CLVII (attends je remonte un peu sur ton texte, car j'ai peur de me tromper dans les chiffres !)Oui, c'est bien celle-là : Je suis d'accord avec le fait de saisir l'instant présent, et
de le boire comme s'il s'agissait d'un précieux nectar ! Par contre, je ne trouve pas que le passé soit un cadavre à enterrer car aucun instant de notre vie n'arrive par hasard (c'est du moins ma
propre conviction), et chaque instant est utile même la souffrance justement qui nous "élève" spirituellement, comme une pluie qui ravive la terre et les senteurs ! De notre vie à l'envol (je
n'emploie pas le mot "mort"), nous construisons notre "patrimoine spirituel" !
C'est juste mon propre "ressenti", et j'ai été vraiment heureuse de te lire, tout en écoutant ...cette divine valse de Vienne ! Je t'embrasse bien fort féthi : Sabine