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Conte algérien: L'homme qui épousa une ogresse.

Publié le par fethiok

Conte

Malgré les mises en garde des siens, un homme épousa une très belle femme soupçonnée d’être une ogresse. La nuit, elle se faufilait dans l’enclos où les bergers enfermaient leurs troupeaux et dévorait une brebis. Les soupçons pesèrent sur elle mais son mari refusa de le croire…

Jadis, malgré la mise en garde des siens, un homme épousa une très belle femme rencontrée dans la forêt. Il ne pouvait se douter que c’était une ogresse. Le jour, elle pétrissait le pain, roulait le couscous et vaquait aux occupations ménagères telle les autres femmes. Mais la nuit, elle se faufilait dans l’enclos où les bergers enfermaient leurs troupeaux et dévorait une brebis. Les hommes de la tribu, très inquiets, se réunirent pour trouver une solution à ces disparitions. Le père du mari de l’ogresse se proposa : 
- Pour bien surveiller le troupeau, cette nuit, je m’envelopperai dans ma djellaba noire et me dissimulerai au milieu des brebis.

L’ogresse, qui ignorait que son beau-père était dans l’enclos, se glissa comme à son habitude pour se rassasier de la brebis la plus grasse. Dans l’obscurité, elle saisit le vieux qui cria : 
- Lâche-moi immonde créature ! Lâche-moi !

Elle retira sa main en bafouillant : 
- Mais ce n’est que moi, ta belle-fille ! J’ai entendu un agneau bêler et je suis venue voir s’il y avait un voleur.

Le vieux fit mine de la croire tant il avait peur et dès le lever du jour, il alerta son fils : 
- Malheur ! Ta femme est une ogresse ! Sauvons-nous pendant qu’il est encore temps. Quand elle aura décimé nos troupeaux, elle s’attaquera à nous.

Le fils protesta : 
- C’est impossible ! Elle m’a donnée une fille, elle ne peut être une ogresse.

Comme l’homme ne voulait rien entendre, les siens le quittèrent. Ils déménagèrent en lui laissant sa part des bêtes : moutons, vaches, chevaux. Il resta seul avec sa femme et sa toute petite fille. Hélas, au fil des jours, son cheptel se rétrécissait. Aveuglé par l’amour qu’il portait à sa femme, il trouvait toujours une excuse à ces disparitions. Il se disait que les bêtes s’échappaient de l’enclos ou que le chacal les dévorait.

Un jour, il revint plus tôt des champs et, horreur, il découvrit sa femme, la tête plongée dans les entrailles d’une pouliche. Avant qu’elle ne l’aperçoive, il déposa sa fille sur ses épaules et s’enfuit à toutes jambes.

Soudain, alors qu’il reprenait son souffle, sa fillette l’attrapa par les oreilles et lui dit : 
- Hum ! Oh papa ! J’ai faim et je grignoterais bien tes belles oreilles ! 
- Quoi ? Ma propre enfant serait une ogresse ?

Sans hésiter, il la précipita dans la rivière profonde et continua sa course. Mais l’ogresse était déjà à ses trousses. Il faillit être rattrapé ne fut-ce l’opportune présence d’un grand peuplier. Il grimpa jusqu’au sommet. L’ogresse se posta au pied de l’arbre et se mit à le menacer : 
- Jamais tu ne m’échapperas car soufflera le vent d’hiver, tu tomberas et je te dévorerai ! Soufflera le vent du printemps, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’été, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’automne, tu tomberas et je te dévorerai !

Depuis, chaque jour, sauf quand elle chassait pour se nourrir, elle s’acharnait sur le tronc de l’arbre qu’elle rongeait de ses dents pointues pour le couper. Terrifié, l’homme implorait : 
- Ô arbre de mon père et de ma mère, grossit, grossit ! Et juste au moment de se rompre, le tronc reprenait sa forme initiale.

Le temps passa ainsi et l’homme scrutait l’horizon dans l’espoir d’apercevoir quelqu’un qui pût le secourir. Un jour, il vit un vol d’oiseaux et cria dans sa direction : 
- Ô vous, qui volez si haut, allez dire à ma mère et à mon père que je suis en grand danger ! Les oiseaux migrateurs portèrent le message. Des cavaliers de sa tribu, armés, volèrent à son secours. Ils découvrirent le peuplier. Heureusement, l’ogresse était à la chasse. L’homme quitta vite son arbre après avoir accroché son burnous à une branche pour laisser croire qu’il était toujours là. Il enfourcha un cheval et fila avec ses sauveurs.

À son retour, l’ogresse, rassurée par le burnous qui flottait sur la cime de l’arbre, continua ses menaces tout en rongeant le tronc de l’arbre. Ainsi, les saisons se succédèrent et vint l’automne venteux. Un matin, une tornade se leva et le burnous voleta dans l’air avant de tomber sur un rocher à proximité de l’arbre. 
- Ah ! Je t’avais dit que tu tomberais ! hurla l’ogresse en furie. Elle se jeta sur le burnous et le mordit avec une telle violence que toutes ses dents se brisèrent sur le rocher. On dit qu’elle en est morte ! Quant à l’homme, il vécut en paix avec les siens !

Mon histoire a pris la route du feu ! Et moi, j’ai mangé du R’fiss délicieux !









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Azyadé 28/01/2013 11:55

Bonjour,je découvre votre blog par hasard,j'ai beaucoup aimé l'histoire que je connais en fait,elle m'a replongé dans les bras de grand mere,quand toute petite j'attendais le moment ou elle me
faisait dormir en me racontant pleins d'histoires sur les ogres et les ogresses :)!
merci pour ce saut inattendu dans le passé.
Azyadé

ema 20/01/2013 19:33

Et bien j'espère bien que toutes les jolies femmes ne sont pas des ogresses et qu'il y en a de bien gentilles, mais il faut faire attention à l'apparat et aux apparences. Bonne soirée.

peintrefiguratif 18/01/2013 18:43

j'aime bien les conte je suis restée petite fille de ce coté là (MDR)
bonne soirée

coeurdefleur 16/01/2013 13:51

Ce récit se termine bien, heureusement!
bises

dany sailly 16/01/2013 08:42

wahou, mon DIEU quelle histoire, surtout aujourd'hui que la tramontane souffle, je vais regarder si il n'y a pas un burnou sur l'olivier hihihihi bonne journée bises frio

DACAIO 15/01/2013 22:34

bonsoir Fethi .. c'est un bien joli conte mais comme dans tout conte il y a une morale ....
merci pour ton com ... il fait sans doute plus chaud en algérie qu'en provence ce soir ... pas de neige mais on nous annonce un vent glacé en tempête pour la fin de la semaine ..
bisous et bonne fin de soirée

jeanine et rené 15/01/2013 22:25

un bien beau conte, qui donne des frissons ! bravo Fethi, amitiés

Belbe 15/01/2013 15:21

un fabuleux conte

janine 15/01/2013 14:46

nous avons de la neige
passes une bonne fin de journée
amitié

fanfanchatblanc.over-blog.com 15/01/2013 03:04

L'amour est aveugle... l'homme en fit les frais.. heureusement que sa famille ne l'a pas abandonné.. Merci pour la musique.
Bises